1.03 - Overdose



Guest star : Jake Gyllenhaal alias Jimmy O’neil

 

Brittany : J’aurais jamais dû les ramener ici ! Bordel ! Elles ont l’air de vouloir s’incruster ici comme si elles faisaient partie de la gang !

Jenny : Ouais mais elles sont cools… Pas mal tout le monde ici les apprécie ! Tu peux juste pas être objective, Jason en pince grave pour la brunette et t’es simplement jalouse !

Brittany : Peux-tu bien me dire ce qu’il lui trouve ? Elle est pas si belle que ça !

Jenny : Au contraire, elle est jolie et en plein dans le style de nana de Jason !

Brittany : Dieu sait à quel point je hais ta franchise ! Tu pourrais pas me mentir ? Me dire que j’ai raison, que cette fille est hideuse et qu’elle n’est rien comparé à moi ?

Jenny éclata de rire.

Jenny : Britt, tu le sais, je dis toujours la vérité !

Brittany : Ouais ouais, c’est ça !

Jenny : Mais arrêtes d’être accro à lui comme tu le fais ! Ça fait plus d’un an que vous vous êtes séparés. Il ne reviendra pas Britt.

Brittany : Pourquoi tu continues à t’accrocher à Julian, alors ?

Cette question laissa Jenny bouche bée. Heureusement, à cet instant, Jason et Jessica firent irruption dans le salon et brisèrent le silence gênant qui s’était installé.

Jessica : Hey salut, les filles ! Bianca n’est pas avec vous ?

Jenny : Nah, elle est partie avec Em et Alex. Ils avaient faim ! Je me demande bien comment ils font avec toute cette coke…

Jason : Ouais je vois que vous avez continué à faire la fête longtemps !

Brittany : Et vous, on se demande bien ce que vous avez fait !

Jessica : Je vais me coucher… Je crois que je suis sur le point de mourir de fatigue.

Ne sachant pas quoi répondre d’autre à Brittany, elle monta à l’étage pour s’en aller dans la chambre que leur avait laissé la gang, à Bianca et elle. Durant ce temps, Britt et Jay discutaient encore dans le salon.

Brittany : Alors, tu l’as baisée ?

Jason planta son regard dans celui de la jeune fille avec un air réprobateur.

Jason : Pourquoi tu me poses cette question ? Qu’est-ce que ça change ?! On est plus ensemble, je fais ce que je veux, Britt.

L’adolescente avait trop d’orgueil pour se laisser parler de cette manière mais en même temps, elle se sentait trop abattue pour dire quoique ce soit.

Brittany : Tu sais quoi ? Tu veux savoir ce que j’en pense ? Tout ce que tu as pu me faire subir et que j’ai enduré sans me plaindre, il me semble simplement que tu devrais me respecter un peu plus ! Quand je pense que je t’ai toujours suivi aveuglément dans tout ce que tu pouvais faire… Merde ! Je suis vraiment la pire des idiotes !

Brittany avait craché son venin avec une rancune profonde mais, néanmoins, elle regrettait amèrement d’avoir ouvert la bouche. Pourquoi n’avait-elle pas pu se taire ?

 

× × × × ×

 

Après avoir dormi dix bonnes heures, Jessica se réveilla enfin vers minuit. Près d’elle, Bianca dormait elle aussi paisiblement. Elle avait la nausée et se sentait bien mal en point. Elle se leva de son lit avec difficulté et bien qu’elle essayait de ne faire aucun bruit pour ne pas troubler le sommeil de son amie, Bianca s’éveilla en sursaut.

Bianca : Salut…

Jessica : Hey ! Et puis cette journée ?

Bianca : Je suis vidée. Je vais aller manger quelque chose et je crois que je vais revenir me coucher ensuite…

Jessica : On a quelque chose à bouffer ?

Bianca : Ouaip. J’ai appris quelque chose de nouveau aujourd’hui ! Et hop, un pas de plus vers la délinquance !

Elle s’esclaffa alors que Jess la considéra gravement.

Jessica : Bon, qu’est-ce que t’as fait encore ?

Bianca : Encore ?! Je suis pas si pire que ça quand même ! C’est Em et Alex qui m’ont montré une chose. On est allé voler quelques trucs au drug store du coin, tu vois ? Pratique quand on n’a pas un rond ! Mais pour l’instant, on s’en fiche, on a toujours la carte de crédit de ton père !

Jessica ferma les yeux… Si seulement elle savait. Elle repensa au mec de la Mercedes et failli vomir. Elle chassa ces pensées de son esprit et changea de sujet.

Jessica : Tu t’entends bien avec cette… Euh… Emma ?

Bianca : Ouais. Assez difficile d’approche mais elle peut être géniale quand elle le veut. Méchante par nature et gentille par intérêt… Tu vois le genre ?

Jessica : Ouais, j’avais crû deviner.

Bianca : Une chose est sûre, pour faire le party y’a pas mieux qu’elle !

Jessica : J’ai un truc à te demander… T’aurais pas une pilule d’amphètes par hasard ? J’ai vraiment pas la pêche…

Bianca : Nah… Bah en fait, il me reste un quart mais je peux bien te le donner si tu le veux.

Jessica : Ouais, je vais me faire une petite ligne, ça va m’aider à me remettre sur pied.

Bianca fouilla dans les poches de son jeans mais n’y trouva rien. Elle continua de chercher les alentours, le bureau, le tapis… Mais toujours rien.

Bianca : Bordel ! Je l’ai égarée. Je sais plus où je l’ai mise !

Les deux filles se trainaient à quatre pattes sur le sol et traquaient littéralement le quart de speed qui était supposé encore subsister.

Jessica : Foutue merde ! On doit le trouver, ça me le prend ce foutu quart !

Elles continuèrent à chercher pendant deux minutes jusqu’à se que Bianca s’exclame enfin :

Bianca : Oh yeah ! Je l’ai ! Elle est un peu… Euh… Un peu sale ! Elle était dans le cendrier avec les clopes mais bon… Si tu la veux vraiment !

Jessica : C’est déjà de la merde en pilule à sniffer… Alors qu’il y ait un peu de cendre dessus on s’en fiche ! En plus la cendre, c’est le truc le plus propre qu’il peut pas y avoir…

Après avoir reniflé le reste de la pilule, attendant avec impatience que la drogue sois acheminée jusqu’à son cerveau, Jessica s’assit finalement sur un tas de vêtements jonchés sur le sol. Elle était pensive… Elle était totalement incapable d’arrêter de penser à quoique ce soit. Elle étira son bras jusqu’à la boite de carton refermée, qui lui faisait office de table de nuit, puis attrapa son paquet de cigarettes du bout des doigts Une fois qu’elle avait prit la première bouffée, elle pu enfin relaxer. Jessica s’attarda à regarder tout autour d’elle. Elle humait l’air nauséabond qui affluait dans toute la maison; Ça ne faisait qu’accompagnez un décor tout aussi répugnant. Mais à quoi s’attendait-elle ? Après réflexion, elle ne s’attendait à pas grand-chose mais certainement pas à ça. Tout était délabré, brûlé, déchiré, arraché et à travers tout ce fouillis la moisissure s’était installée depuis bien longtemps déjà. De quoi lui faire regretter quelques instants son ancienne vie remplie de luxe hors de prix… Mais en y repensant bien, une pensée bien évidente lui vint en tête. Le plus dérangeant dans toute cette histoire, c’était la manière qu’elle avait de faire un peu d’argent… Elle croyait pouvoir tout payer avec la carte de son père mais tout cela n’avait été qu’un vulgaire leurre en lequel elle avait crû dur comme fer. Elle connaissait maintenant le véritable coût de sa nouvelle vie, le prix de cette liberté qui avait été tant espérée. Allait-elle réussir à tenir le coup ? Chaque fois que Jessica examinait la situation, elle se disait que non mais elle voyait aussi que ses possibilités étaient considérablement réduites. Elle savait qu’une fille n’a pas vraiment de choix quant au moyen de se faire un peu de cash dans la rue, comparé à tous les mecs qui eux, avait presque l’embarras du choix… Et puis, pas question de retourner chez ses parents…

Mais de quoi se plaignait-elle ? À Los Angeles, c’était pratiquement pareil. Elle baisait n’importe qui, n’importe quand et n’importe où ! Peu importe toute cette merde, elle se releva, se prépara et s’en alla au boulot. Comme toujours, aux yeux de Bianca, elle allait faire quelques courses et reviendrais bientôt…

 

× × × × ×

 

Elle s’était rendue jusqu’à Queensboro Bridge à Long Island City. Elle s’était renseignée du mieux qu’elle pouvait et une fille qu’’elle avait rencontré l’autre jour lui avait dit qu’elle pourrait facilement se trouver des clients dans ce coin de la ville. Effectivement, en arrivant sur cette rue, elle remarqua plusieurs autres filles qui attendaient là, sur le bord de la rue avec une attitude équivoque dans le but d’attirer les clients. Jessica s’installa sur son coin de trottoir, sans déranger personne mais apparemment, elle troublait déjà certains individus sur la rue.

Fille : Hey ! Tu crois que tu vas faire quoi là ? Venir nous piquer des clients ? T’es jolie la petite, mais cette rue là est pas à toi. Fiche le camp !

Fille nº2 : Dynamite, laisses la tranquille ! Arrêtes de te prendre pour la reine de la rue et fous nous la paix, tu veux bien ?

Jessica : Nah, c’est une blague ?! Dynamite ?

Dynamite : Ouais, les mecs trouvent que je suis une vraie bombe, tu vois ? C’est moi qu’ils veulent, tu perds ton temps ici.

L’autre fille la poussa en bas de trottoir.

Fille nº2 : Allez vas t’en !

Dynamite traversa la rue et les laissa enfin tranquille.

Fille nº2 : Excuse là, c’est vraiment qu’une conne. Elle se prend vraiment pour quelqu’un d’autre cette fille ! Elle agit comme une reine mais au fond c’est qu’une pute comme n’importe quelle autre fille sur cette rue…

Jessica : Ouais, on est toutes que des putes…

Une phrase coup de poing qui l’atteignait en plein visage. C’était pourtant la vérité mais parfois elle est bien dure à avaler…

Fille nº2 : Au fait, moi c’est Victoria, mais tout le monde me surnomme Vicky. Et toi ?

Jessica : Snow. Moi c’est Snow.

Un surnom choisi au hasard. Elle ne voulait pas dire son vrai nom, préférant ainsi se créer un personnage… Peut-être se sentirait-elle moins atteinte par toute cette merde si elle agissait de la sorte ?

Victoria : Juste Snow ?

Jessica : I'm hot like ice. Je fais pas de blowjobs juste des snowjobs !

Victoria : Ouah, on dirait une marque de commerce !

Jessica : Si tu le dis… Nah en fait je pensais un peu plus à de la coke… Snow… Bon okay, je l’avoue, je m’appelle Jessica, mais appelle moi Snow quand même.

Victoria : Alors, qu’est-ce que tu fais dans la vie ?

Elle ne voulait pas répondre à ce genre de questions. De toute façon, ce qu’elle faisait dans la vie était un grand mystère… Même elle n’en était pas sûre.

Jessica : Je suis comme Paris Hilton. Mais en mieux. Je bois, je sors, je fais du shopping. Je me tripote le nez comme une cocaïnomane en manque la plupart du temps, je nettoie des voitures avec mes seins en pleine nuit, j'embrasse n'importe qui, et tous les lendemains de fête, je supplie mes amis de m'excuser d'être aussi débile. Et plus le temps passe, et plus je me rends compte que Maman avait raison. Je suis capricieuse. Curieusement, je souffre du syndrome de la petite fille ultra-pourrie gâtée. Ce qui signifie que je suis ultra possessive, et que je ne supporte pas qu'on me refuse quelque chose. Certains trouveront ça horrible, mais je sais développer des trésors de créativité et d'ingénuité pour arriver mes fins. Au moins, je fais fonctionner mes méninges, nah ?

Victoria : Okay… Belle manière de ne pas répondre…

Jessica : Je déteste parler de moi. Et toi, tu fais quoi ?

Victoria : Bah, je suis une fille qui avait tout dans la vie et qui a mal viré…

Jessica : Ouais je vois le genre…

Victoria : Peut-être… J’étais presque mariée à l’homme de ma vie… Y’avait qu’un seul problème, c’était un mafiosi…

Jessica : Oh…

Victoria : Il s’est fait descendre en pleine rue… J’ai eu beaucoup d’argent quand il est mort mais pour oublier tout ça, je suis allée à Vegas faire la fête dans les grands hôtels… Le deuxième problème c’est que la fête a duré quatre mois et la drogue faisait beaucoup trop partie du party. Résultat, j’ai plus une tune, je me retrouve à New-York à vendre mon cul pour me shooter. My god… Si Frank savait ça… Il se revirerait dans sa tombe, j’en suis sûre…

Jessica : Frank, c’était ton mari ? T’as quel âge ? T’as l’air assez jeune pour être mariée…

Victoria : Ouais mon fiancé c’est lui. Frank Balsamo. Il est mort trois jours avant notre mariage. Et j’étais enceinte… Mais avec toute cette drogue, j’ai fait une fausse couche et j’ai perdu le bébé… Alors voilà, maintenant, j’ai 20 ans et ma vie est foutue en l’air !

Jessica : Ouais bah je sais pas trop quoi te dire…

Victoria : Y’a pas grand-chose à dire en fait…

Jessica sursauta; On venait de lui caresser les fesses. Elle se retourna instantanément pour faire face à un grand homme.

Homme : Hey bébé ! Salut Vicky ! Ça vous dirait de venir faire un tour avec moi ?

Victoria : Ça dépend d’elle… Tu le sais que pour moi, c’est okay. Les jobs à deux, ça me plait bien, tu le sais, Angie.

Victoria prenait un air des plus aguicheurs en se déhanchant près de lui. Elle savait comment s’y prendre, ça se voyait.

Angelo : Alors bébé, t’en dis quoi ?

Jessica : Si tu peux payer, moi ça me va. Et en passant, je suis pas ta chérie ni ton bébé. Moi c’est Snow !

Angelo : Okay, okay… Regardes moi petite, j’ai les moyens, ça se voit. T’inquiètes pas, si tu me fais plaisir, je te fais plaisir en retour, on se comprend ? Allez, venez.

Elle quitta la rue pour se rendre dans un petit hôtel du coin. Une heure plus tard, elle en était ressortie avec 150 dollars en poche et une envie insatiable de consommer un peu de dope.

Victoria : Alors, Snow ?

Jessica : Alors quoi ?

Victoria : Tu le trouves comment ? Il est beau garçon, non ?

Jessica : Si tu le dis.  Ça reste un client et il me donne envie de vomir.

Victoria : Je comprends ! Il adore les pipes style gorge profonde… On s’y fait ! Moi ça fait un bail que ça m’a donné mal au cœur !

Jessica : Je disais pas ça dans ce sens là… Les clients me dégoutent…

Victoria : Oh… Désolée… En tous cas, j’ai vachement envie d’un shoot !

Jessica : Tu connais quelqu’un qui en vend dans ce coin ci ?

Victoria : Tu veux rire ?

 

× × × × ×

 

Il était tranquillement assis dans un bain chaud, une chose qu’il aimait particulièrement faire pour se relaxer. Lorsque Brittany entra dans la pièce, il sorti de sa torpeur. Jason se senti agressé par son intrusion.

Jason : Qu’est-ce que tu fous là ?! Tu vois pas ? Je prends mon bain !

Brittany : C’est pas comme si je t’avais jamais vu nu ! Relaxes !

Elle s’assit sur le rebord de la vieille baignoire et planta son regard dans le sien.

Jason : Qu’est-ce que tu veux ?

Brittany : Je m’ennuie d’avant, Jay…

Jason : T’es pas sérieuse là ? Tu vas pas recommencer encore une fois !

Brittany : Je te demande pas la lune, je veux juste que tu me laisses entrer un peu plus dans ta vie… Depuis qu’on est plus ensembles, tu m’as complètement écartée. Tu m’as foutu là comme une horrible vieille chaussette !

Jason : Arrêtes, c’est faux !

Brittany : Si, c’est vrai ! Bordel, au moins, admets-le !

Elle le considéra gravement avec une moue mélancolique, tellement qu’il fût obligé de l’admettre sous la menace de ce regard insistant.

Jason : Okay, ouais, c’est bon. Je l’admets. T’es heureuse, maintenant ?

Brittany : Il s’agit pas que je sois heureuse ! Il faut seulement que tu le réalises, merde ! J’ai eu que toi dans toute ma putain de vie ! On a toujours été là l’un pour l’autre, on s’est suivi partout peu importe ce qui pouvait arriver. Et maintenant, tu m’as plantée là, et du coup, je suis seule et je comprends pas ce que j’ai pu te faire pour que tu m’en veuilles à ce point.

Il soupira et ferma les yeux.

Jason : Pourquoi tu dis ça ? Pourquoi t’en viens à la conclusion que je t’en veux ?

Brittany : Tu m’évites, tu ne me parle le pas et tu m’ignores le plus souvent que tu peux, pourquoi alors ?

Il perdit soudainement patience.

Jason : Mais merde c’est toi qui a besoin d’ouvrir les yeux, Britt ! C’était tellement malsain cette relation. On n’aurait pas pu vivre notre vie comme ça ! C’était pas normal !

Brittany : Depuis quand est-ce tu te fiches que ce soit normal ou pas ?!

Jason : Britt, putain arrêtes.

Elle réprima son envie de parler, appuya ses paumes sur le rebord du bain puis se laissa choir sur le carrelage. Plusieurs minutes s’écoulèrent avant que l’un deux se décide à bouger ou à parler.

Jason : Hey Britt… Je sais que j’ai pas toujours été très correct avec toi… Mais… Je t’aime…

Elle se releva et le pris par surprise; Elle l’embrassa avec ferveur jusqu’à ce qu’il la repousse tendrement, sa main caressant le visage de la jeune fille.

Jason : Comme un frère peut aimer sa sœur, tu vois ?

Instantanément, une larme coula le long de la joue de l’adolescente que Jason balaya en effleurant sa peau du bout des doigts. Ne pouvant pas réprimer ses pleurs plus longtemps, Brittany se releva et quitta la salle de bain.

 

× × × × ×

 

Voilà déjà deux semaines qu’elle s’était enfuie de Los Angeles.  Quel jour était-on déjà ? Ah oui. Le 4 septembre. Les cours avaient dû débuter quelques jours plus tôt. Les gens se soucieraient-ils de son départ ? Elle n’en savait trop rien. Mis à part faire le party comme une dingue et ouvrir les jambes à tous les mecs qui le voulaient bien, elle n’était rien aux yeux des autres. Jessica n’était qu’une copine que l’on appelait le week-end pour faire la fête comme il se doit. Populaire parce qu’elle savait toujours trouver les meilleurs endroits pour faire la fête. Plus le fait qu’avec elle, personne ne payait jamais sa drogue. Et ça, bien sûr, tous le monde le savait.

La lune était levée depuis bien longtemps et la nuit fraîche s’était installée pour de bon dans les rues de New-York. À cette heure, les rues étaient désertes, à part les intarissables noctambules qui, tout comme elle, déambulait avec l’esprit plutôt embrumé. Elle continua de marcher lorsque la lumière blafarde des lampadaires éclaira une cabine téléphonique près d’un bar miteux du quartier. Jessica fouilla dans le fond de son sac, en sortit deux pièces de 25 cents et les glissa dans la fente du téléphone. Elle composa le numéro en se disant que si elle appelait à L.A., il serait quatre heures plus tôt, vu le décalage horaire, ce qui était parfait. La sonnerie résonna plusieurs fois dans le combiné et juste au moment où elle s’apprêtait à raccrocher, une voix retentit à l’autre bout du fil.

Fille : Allo ?

Jessica : Allo…

Fille : C’est qui ?

Jessica : Ca va, Tis ? C’est Jess.

Laeticia : Jess ? Mais putain, qu’est-ce que tu fous ? Los Angeles au complet doit être en train de te chercher à l’heure qu’il est ! T’es complètement débile, ne plus donner de nouvelles comme ça ! T’es où ?

Jessica : Un peu loin…

Laeticia : C’est-à-dire ?

Jessica : À l’autre bout du pays.

Laeticia : Bianca est avec toi ? Sûrement ! Je veux dire après tout, elle a disparu en même temps que toi !

Jessica : Ouaip, elle va bien. T’inquiètes, tout va bien ici.

Laeticia : Je suis pas sûre que tes parents diraient la même chose ! Ils ont fait le tour de la ville à ta recherche, ils ont rencontrés tous tes amis sans exception dans l’espoir de te trouver.

Jessica : Je m’en fiche, c’est que des cons ! C’est ma mère elle-même qui m’a dit de quitter la maison et de ne plus revenir alors crois-tu vraiment que je vais me sentir coupable d’être partie ?

Laeticia : Ouais, à ce sujet, ton père est FU-RAX ! Quand il a appris ça, il a engueulé ta mère comme c’est pas possible !

Jessica laissa échapper un long soupir.

Jessica : On peut parler de d’autres choses que de mes putains de parents ? Si je suis partie c’est que j’en avais marre de ces deux là… Jures moi que tu ne diras pas à personne qu’on s’est parlées ?

Laeticia : Oui ! Mais pourquoi tu reviens pas ? Tu nous manques, Jess. Tout le monde à l’école se demandait où tu étais. Logan pensait que c’était peut-être de sa faute si t’étais partie…

Jessica : Pfff ! Pourquoi il faut toujours que les hommes surestiment leur importance ? Comme si je me serais enfuie à l’autre bout des États-Unis seulement à cause de lui ! Franchement !

Laeticia : Au lieu d’éviter la question, avoue-le donc que t’es loin d’avoir l’intention de revenir dans le coin !

Jessica : Oui ! T’es contente là ? Écoutes, je dois te laisser, il faut que je retourne bosser.

Laeticia : Tu travailles où à une heure pareille ?!

Jessica : Je vais essayer de te rappeller bientôt, okay ?

Laeticia soupira longuement. Bien sûr, son amie évitait de répondre à tous les questionnements qu’elle avait.

Laeticia : Comme tu veux. Mais promets-moi de faire attention, tu veux ?

Jessica : Ouais, promis. Bye !

Jessica ne laissa même pas le temps à son interlocutrice de la saluer avant de raccrocher le combiné. Et hop, elle allait faire un autre client. De retour sur le trottoir à faire le tapin avec Victoria, cette alliée si précieuse qu’elle s’était faite quelques heures auparavant. Elle aimait bien cette fille. Les deux filles se découvraient de plus en plus de ressemblances. Jessica venait d’une famille où l’on pourrait dire qu’elle ne cadrait pas… Victoria connaissait bien ça aussi. Sa mère avait accouché de quintuplés. Cinq bébés promis à un bel avenir dans une famille très aisée; Trois garçons, deux filles dont Victoria. Sa sœur venait d’intégrer l’école des Beaux Arts de la prestigieuse université de Yale. Un de ses frères y avais aussi été admis en architecture tandis qu’un autre avait traversé l’océan pour étudier la médecine à la légendaire université d’Oxford. Le dernier étudiait le droit à Cornell. Chacun d’entre eux avait un futur déjà tout tracé avec une carrière prometteuse. Victoria était la seule qui avait mal tourné. Elle était le mouton noir de sa famille qui l’avait, depuis longtemps déjà, reniée. Originaire de Dallas, elle avait tout plaqué pour suivre Frank, l’homme de sa vie, jusqu’à New-York.

Deux parcours différents, un même résultat pathétique; Elles jouaient les putes pour un peu de dope mais ça n’était pas la seule raison. Toute deux ouvraient depuis toujours leurs jambes jusqu’aux oreilles par besoin de plaire aux hommes. Leurs regards les nourrissaient, remplissaient le vide au creux de leur ventre d’un peu d’amour et de réconfort. À travers tout cela, elles se sentaient appréciées, choyées. Et maintenant c’était presque devenu valorisant… Après tout, ils payaient tous pour pouvoir passer un peu de temps seul avec elles, non ?

Elle attendait là avec une attitude équivoque, seule sur son bout de trottoir, Vicky étant partie avec l’un de ses clients réguliers. Une petite voiture familiale s’arrêta devant elle et la fenêtre descendit. Un homme d’une trentaine d’années lui faisait signe de s’approcher. Il semblait correct et surtout, propre. Cela pouvait paraître idiot mais à ce moment de la nuit, elle n’avait aucune envie de se faire tripoter par un gars écoeurant.

Client : Salut chérie !

Elle soupira… Qu’avait-il donc tous à lui donner des putains de surnoms ? Elle se baissa la tête à travers la fenêtre ouverte et le regarda droit dans les yeux après avoir remarqué l’anneau en or dans son annulaire gauche.

Jessica : On va commencer par mettre quelque chose au clair… Gardes tes surnoms à la con pour ta femme. Je suis pas ta chérie, ton bébé ni ton chouchou. Je suis moi, okay ? Je suis pas à toi ni à personne d’autre, okay ? Moi c’est Snow et puis c’est cent dollars.

Client : Ouais… Comme tu veux.

Et en moins de deux, là voilà assise dans la voiture à ses côtés. Voici donc Jimmy O’Neil, père et époux parfait, citoyen exemplaire qui baise sa pute sur la banquette arrière de sa voiture dans une ruelle mal famée de New-York. Le lendemain, dans quelques heures en fait, sur ce même siège arrière, il installera sans doute ces deux petites filles adorées juste avant d’embrasser sa femme et d’aller les reconduire à l’école puis de s’en aller travailler de 8h à 5h dans son bureau d’une grande compagnie.

Ils étaient au beau milieu de l’acte quand, soudainement, les deux sursautèrent violemment en entendant quelqu’un cogner dans la fenêtre. Jessica tourna la tête pour se retrouver face à face avec un policier qui les fixait.

Jessica avait du cran, et elle le lui montrerait. Elle n’avait certainement pas l’intention de finir la nuit à croupir en tôle pendant que ces putains d’agents de la paix allait tout faire pour qu’elle rentre chez ses parents.

Elle ouvrit la portière et planta son regard dans celui du policier.

Jessica : Qu’est-ce que tu nous veux ? On dérange personne !

Policier : Au cas où tu ne serais pas au courant, ce que tu fais, ça porte une nom; la prostitution. Et c’est totalement illégal.

Jessica : Ce que je fais, c’est pas de la prostitution, je le fais gratuitement.

Heureusement pour elle, elle n’avait pas encore adoptée les pratiques des autres putes comme elle; Elle ne demandait pas encore son argent avant de passer à l’acte et c’était sûrement ce qui lui sauverait la vie pour cette fois ci.

Policier : Sortez de la voiture je vous prie.

Jimmy : Écoutez monsieur l’agent, elle vous l’a dit, on fait seulement que baisez… C’est ma maîtresse, vous voyez ? Ma femme n’est pas au courant… Je voulais juste pas avoir une chambre d’hôtel à payer. Ça ne se reproduira plus. Je fais aller la porter chez elle et c’est fini, d’accord ? Je veux aucun problème, j’ai un travail, je paie mes taxes et mes impôts, je suis un citoyen ordinaire sans histoire, vous comprenez ?

Policier : D’accord, mais vous ne serez sûrement pas aussi chanceux la prochaine fois. Passez à l’avant du véhicule, s’il vous plaît. Partez, et ne recommencez plus.

Deux minutes plus tard puis, assis côte à côte, visiblement mal à l’aise, ils se dévisagent. L’homme tremble, nerveux à l’idée d’avoir failli gâcher son mariage à cause d’une prostituée probablement mineure. Sa femme aurait forcément finie par tout découvrir et leur vie de famille sans souci deviendrait un cauchemar. Après tout, il avait bien baisé une adolescente qui aurait presque pu être sa propre fille ! Le trajet se passa dans un silence complet et ce n’est que lorsque la voiture se gara devant la maison de Jessica qu’elle osa parler.

Jessica : Alors, je vais avoir mon fric ?

Elle appréhenda déjà la réponse juste à voir le visage de Jimmy.

Jimmy : Je suis désolé mais… On ne s’est même pas rendu à moitié de ce que tu devais faire… Je te donnerai rien à moins que tu recommences au complet cette fois ci !

Cela ne sert à rien d’argumenter, elle le sait trop bien.

Jessica : Ok, mais on fait ça vite !

Et voilà tout est à recommencer. Elle doit une fois de plus le travailler au corps afin de faire lever son petit engin difforme, baiser et prétendre une fois de plus aimer le faire. Elle ferme les yeux, ne veux pas les rouvrir. Il la pénètre d’un coup et gémit faiblement alors qu’elle est assaillit d’une violente nausée. Elle voudrait que tout s’arrête.  Jessica ne se rend pas compte que Jason et Jenny viennent de sortir et sont en train d’assister à la scène.

Jason, pris par une poussée d’agressivité en la voyant, ouvre brutalement la portière et la sort du véhicule en menaçant l’autre homme avec un revolver.

Jessica : Merde ! Qu’est-ce que tu fais ?! T’es fou ou quoi ?

Jason : Il t’a donné son argent ?

Jessica : NON ! Figures toi donc qu’il aurait au moins fallu que je finisse mon boulot, tu vois ?

Elle est frustrée et lui aussi. Il les as mis dans une mauvaise posture et il le sait ! Qu’allait faire le client ? Sûrement se plaindre à la police ?

Jessica : Allez, qu’est-ce que tu fais ? Baisse ce gun, bordel !

Jason : J’ai fini. Allez le vieux, donnes lui son cash et tu repars sans faire de chichi !

Jimmy : T’es un cinglé !

Jimmy, fulmine, sort un son argent et le lance en direction de Jessica et par la même occasion son sac à main qu’elle avait oublié sur le siège. Il ferme la porte, démarre immédiatement la voiture puis part à la hâte.

Jessica : Qu’est-ce qui te prends ? Pourquoi t’as fait ça ?

Jason : Toi, pourquoi tu fais ça ? Ça te plait ?

Jessica : Arrêtes tout de suite, tu me fais chier Jason. Je ne te dois absolument rien, okay ?! Je te le répète encore une fois, on ne se connait pas, t’as pas à intervenir de cette manière là dans ma vie !

Jason : Tu me l’as dit toi-même hier que t’avais la carte de ton père, alors pourquoi ? Tu veux vivre une expérience de plus peut-être ? Après tout, t’es pas le genre de fille à s’imposer des limites pour avoir des sensations fortes, non ? J’ai pas raison ?

Elle s’énerve et a cette intarissable envie de pleurer mais elle retenait ses larmes par orgueil ; Il l’attaquait personnellement et ça lui fendait l’âme.

Jessica : Il n’y en a plus de carte ! Il n’y en a jamais eue, figures toi donc ! Mon père l’a fait annuler beaucoup plus tôt que je l’avais prévu. Tu vois, maintenant ? Non, je ne le fait pas parce que j’aime ça. Alors vas te faire foutre !

Elle court jusque dans sa chambre sans même prendre la peine de saluer les autres qui regardaient la télé dans le salon

 

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Depuis leur arrivée, elle se sentait terriblement seule. Habituée de suivre son amie partout où elle allait, Bianca se sentait dépassée par les évènements. En deux semaines, Jessica avait profondément changé et elle ne pouvait que le remarquer… Elle devenait de plus en pus renfrognée et surtout, distante. Jessica faisait ses petites affaires dans son coin sans jamais attirer l’attention de qui que ce soit. Mis à part peut-être Jason, personne ne savait vraiment ce qui se passait pour elle. Et Bianca dans tout ça ? Elle était devenue assez copine avec Jenny et Alex, qui lui avait d’ailleurs appris quelques trucs pratiques pour manger avec comme outil ses deux mains et un grand sac ! Elle se droguait aux frais de la carte de crédit de M. Garner et faisait la fête perpétuelle, cela ne s’arrêtait pratiquement jamais à part pour se taper quelques heures de sommeil bien méritées après des jours sans dormir. Alors que Jessica partait seule errer dans les rues de New-York City à faire je ne sais quoi pendant des heures durant, elle restait à la maison avec les autres ou, encore, Alex et Brittany lui montraient les grandes attractions de la ville comme la statue de la liberté ou l’Empire State Building.

Toujours perdues dans ses pensées, allongée sur son lit les yeux mi-fermés, elle ne remarqua même pas la présence de son amie dans la chambre. Elle avait passé la nuit complète à fixer les souillures jaunâtres sur le plafond, bien trop affectée par les amphétamines qu’elle avait avalées en quantité industrielle la veille.

Jessica : Hey.

Bianca : T’étais passée où ? Je t’attends ici depuis que t’es partie et ça fait exactement six heures ! J’ai pas bougé d’un poil sauf pour aller pisser tantôt ! C’était long ! Je suis aux affres de la mort, moi ! C’est pas possible, je suis au bord du gouffre, j’en ai marre.

Jessica : Et alors ? Tu crois peut-être être la seule à être au bord du gouffre, comme tu dis ? Pfff !! C’est ridicule.

Elle prit des vêtements et dévala les escaliers jusqu'à la salle de bain où elle prit une longue douche. En fait, longue était un euphémisme.

 

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Emma : HEY LA PETITE ! PENSES-TU NOUS LAISSER UN PEU D’EAU CHAUDE ?

Emma était rouge de colère. Brittany lui avait échappé une bouteille de bière dessus et elle voulait prendre sa douche depuis déjà une demi-heure. Mais rien n’arrivait à faire sortir Jessica de la salle de bain. Alex l’avait de justesse empêché de défoncer la porte comme elle l’aurait fait. À ce moment, Jason et Jenny rentrèrent de leur balade matinale.

Jenny : Qu’est-ce qu’il y a, Em ?

Emma : Elle est dans la douche depuis une putain d’heure et elle veut pas sortir ! Je suis couverte de bière à cause de Britt. Si ça continue comme ça, je vais m’énerver !

Jenny : Tu l’es déjà !

Jason : Pas étonnant qu’elle soit sous la douche depuis une heure.

Emma : Pourquoi ?

Jason : Pour rien ça ne te regarde pas.

Emma détourna son regard et le porta sur son amie dans l’espoir qu’elle sache quelque chose. Emma haïssait ne pas tout savoir. Elle avait l’impression de manquer de contrôle et ça, elle détestait !

Jenny : Elle faisait sa pute juste en avant de la porte. Quand on est sortis tout à l’heure elle baisait un mec dans une voiture.

Alex : Quoi ?!

Jason : Bordel, Jenny ! T’étais pas obligée de le dire !

 

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Après avoir entendu tout le branle-bas de combat, Jessica sortit rapidement de la salle de bain sous la pluie d’injures que lui lançait Emma. Elle se mit entre Jason et le téléviseur pour attirer immédiatement son attention.

Jason : Qu’est-ce que tu veux ?

Jessica : Je veux encore un peu de ton stock.

Jason : Non.

Jessica : Allez ! De toute manière, si c’est pas toi, ce sera à quelqu’un d’autre !

Jason : Okay. Viens dans ma chambre.

Jessica : Pour toi, tout est vraiment prétexte à ramener une fille dans ton lit, pas vrai ?

Il pouffa de rire en apercevant le sourire en coin de l’adolescente.

Jason : Pourquoi ? Tu viendrais ?

Jessica : On sait jamais.

Pourtant, elle était loin d’en avoir envie en ce moment. Pas qu’elle ne le désirait pas, au contraire, mais plutôt qu’après tout les clients qu’elle venait de satisfaire, elle en avait un peu marre de se faire tripoter par de grossières mains d’homme et de se faire remuer de tout bord tout côté. À cet instant, elle souhaitait ardemment avoir un peu d’affection et se faire caresser avec douceur, plutôt que de se faire baiser par un autre type. Bien que Jason ne fût pas comme ses clients, elle ne faisait maintenant pas la différence entre les deux. C’était un homme comme tous les autres, en voilà bien assez. Il lui avait tiré un petit sourire. Elle ne savait pas pourquoi mais elle ne pouvait jamais rester fâchée bien longtemps après lui.

Jason : Tu voudrais un speedball ? T’as l’air assez épuisée, ça te réveillerais un peu.

Jessica : Un quoi ?

Jason : Un speedball ! J’ai qu’à ajouter un peu de coke à l’héro…

Jessica : Fais ce que tu veux, mais fais le vite !

Elle se laissa choir sur le lit du jeune homme, pensive, et pendant qu’il lui préparait son shoot, elle se risqua :

Jessica : Tu diras rien à Bianca, hein ? Je crois qu’elle en mourrait…

Jason : Tu parles de tantôt ? Non je lui dirai rien… Mais c’est pas garanti qu’elle ne le saura pas de quelqu’un d’autre…

Jessica : Ah… J’avais presque oublié Jenny….

Jason : En fait y’a pas qu’elle… Jenny l’a dit à Alex et Em.. . Et gageons que ça ne sera pas trop long avant que Britt sois au courant aussi. Je suis vraiment désolé

Jessica : Quoi ?! Fuck… Je crois que Bianca mourrait de découvrir la vérité.

Jason : Et toi, ça te tue pas de faire ça ? Ça me débecte que tu fasses ce truc… Britt l’a déjà fait, il y a longtemps… Ça laisses des cicatrices, tu sais… T’as encore le choix d’arrêter toute cette merde, changes d’idée avant de t’enfoncer ou les clients vont te faire vivre un enfer, Jess.

L’adolescente se renfrogna rapidement à l’écoute des paroles de Jason.

Jessica : De toute façon, je m’en fous. Il s’agit juste de baiser des tonnes de mecs, c’est si pas grave… C’est pas nouveau, t’en fais pas, je suis assez grande pour dealer avec ça.

Jason : À quinze ans ? Non, je crois pas. Laisses moi m’asseoir derrière toi, je vais te faire ton hit, okay ?

Après que Jason lui ait fait son shoot, elle se calla au creux des bras du jeune homme, bien au chaud. Elle était dans un tel état qu’elle n’arrivait même pas à aligner quelques mots pour en faire une phrase. Jason lui murmura alors à l’oreille.

Jason : T’as pas besoin de parler, fais juste relaxer.

Il lui caressa les cheveux avec douceur en la tenant bien fort dans ses bras pendant quelques minutes. Après un long moment de silence entrecoupé des bruits de respirations démesurés de Jessica, cette dernière se risqua :

Jessica : J’ai l’impression de me perdre pour de bon, cette fois.

Jason : Dans la vie, il y a pire que de perdre son chemin, Jess. Il suffit de ne jamais perdre sa raison d’avancer. T’en a une au moins ?

Jessica : Alec… Je pourrais mourir pour lui…

Jason : Un mec ?! Toi, qui vit pour un mec ?! J’aurai tout vu dans ma vie… Ma mère me disait toujours « Le jour où tu auras trouvé une raison de mourir, tu auras trouvé une raison de vivre. »

Jessica : Idiot ! C’est mon frère.

Jason : Ah, voilà qui explique tout. Tu l’as laissé à L.A. ?

Jessica : Non, pas vraiment. Mais j’aurais bien aimé qu’il y soit encore.

Jason : Il est où ?

Elle soupira longuement et détourna son regard de celui de son ami.

Jessica : À vrai dire, nulle part.

Jason : La précision et toi, ça fait définitivement deux.

Jessica : Il est mort. Ça fait déjà trois ans…

Jason : Désolé… Il est mort comment ?

Jessica : Overdose d’héroïne. Il avait 17 ans.

Jason : Et tu te shoot ? T’as pas peur de mourir comme lui ?

Jessica : J’ai pas peur de la mort. Ça fait assez longtemps que je flirt avec elle pour ne plus en avoir peur. De toute façon, qu’est-ce que ça change ? On va tous crever un jour et se ramasser six pieds sous terre au même rang… Si je dois mourir, je vais mourir et si je dois vivre et bien je vais vivre. C’est tout. C’est pas plus compliqué que ça. La vie est plaisante et la mort est apaisante, y’a qu’entre les deux que c’est plus difficile… Je vis pour lui mais en même temps je me dis que si j’allais le rejoindre plus rapidement…

Jason : C’est une manière de voir les choses… Pas banal mais tout de même intéressant.

Jessica : Merde ! Ce que j’irais me promener en ville ! Je suis tellement crinquée !

Elle provoqua une rire franc chez Jason.

Jason: Normal, avec un speedball… Mais attends un peu que tu redescendes de ton high de poudre, tu vas voir tu vas te trouver pas mal moins crinquée.

Jessica : Ouais, et alors? En attendant, ça me ferait grandement du bien !

Jason : Bon et bien… Let’s go ! Laisse moi prendre mon coton ouaté et je viens te rejoindre dehors, okay ?

Jessica : Ouaip, it’s a deal !

Elle s’en alla dehors et s’alluma une clope tandis que Jason prit ses affaires et descendit la rejoindre.

Alex : Hey Brook ! Tu t’en vas où comme ça ?

Jason : Je vais prendre une marche avec Jess.

Alex : Ouf… J’en connais une qui va faire une crise de nerfs !

Jason : Qui ?

Il leva un sourcil d’une manière équivoque.

Alex : Bah… Peut-être Britt, qu’est-ce que t’en dis ?

Jason : J’en dis que je m’en fiche totalement !

Et sur ces paroles, il quitta la maison.

Jason : Alors, tu veux une petite dose de coke pour le voyage ?

Jessica : Où est-ce que tu veux te faire une ligne ?! On est dehors ! Il aurait fallu que tu me dises ça avant qu’on y soit !

Il la regarda avec un air amusé, comme un adulte qui considère un enfant qui vient de poser une question naïve.

Jason : Pas besoin de faire de ligne pour sniffer un peu de poudre ! Pour une droguée, je trouve que tu manques un peu de techniques !

Curieusement, elle détestait se faire dire ce genre de choses. Pour elle, se droguer, s’intoxiquer, était la seule chose qu’elle savait faire. Ça et ouvrir les jambes aux hommes comme une vulgaire putain. À Los Angeles, tout le monde se tournait toujours vers elle pour des « conseils » de drogues… Et c’est en arrivant à New-York qu’elle s’est rendu compte de la médiocrité de son savoir en matière de stupéfiants. Et ça, elle détestait par-dessus tout se le faire rappeler.

Jessica : Fuck you !

Le jeune homme s’esclaffa en sortant son sachet de coke et son porte-clés de sa poche. Il ouvrit le sachet et avec le bout de la clé, prit un peu de cocaïne et la sniffa.

Jason : Tiens, c’est pas compliqué. Tu vois ?

Jessica : Ouais ouais…

Elle prit elle aussi une dose malgré le fait que son cœur battait déjà à tout rompre. Dès qu’elle eut sniffé la poudre, cette dernière coula au fond de sa gorge, l’engourdissant au passage. Un goût amer envahissait soudainement sa bouche la laissant au prise avec des haut-le-cœur Elle vomit sur le trottoir alors que Jason lui tenait les cheveux.

Jason : T’es peut-être faites rough comme tu le dis sauf que ton estomac a l’air fragile ! je compte plus les fois où je t’ai vue vomir en deux semaines…

Jessica leva son majeur en direction du jeune homme en s’essuyant les commissures des lèvres avec sa manche.

Jason : Allez, relèves toi ! On est à trente secondes du parc, on va être mieux assis là bas, nah ?

Il l’entoura avec ses bras par derrière et la leva dans les airs en riant.

Jessica : Lâches moi ! C’est pas le temps de me remuer ! J’ai mal au cœur, merde !

Il la déposa et ils continuèrent à marcher en silence.

Jessica : Alors, Britt et toi… ?

Jason : PFF ! Vous me découragez ! Mais qu’est-ce que vous avez tous à me parler d’elle ?

Jessica : Bah… C’est juste que… Qu’elle est clairement amoureuse de toi et qu’il s’est déjà passé des trucs entre vous, pas vrai ?

Jason : J’ai pas du tout envie de parler de ça ! Britt et moi, ça ne pouvait que finir de cette manière là, ça devait être comme ça, et c’est tout.

Jessica : Ouais, okay, si tu le dis…

Jessica pointa un banc au loin.

Jessica : Viens, on va s’asseoir là.

Jason s’assit le premier. Il était à l’extrémité gauche du banc et elle s’assit  à l’opposé, dos à lui. La tête dans sa main, le coude appuyé sur le dossier, elle haletait intensément fort.

Jason : Jess ? Ça va ?

Jessica : Je me sens pas très bien, on dirait le coke vient de…

Jason : Vient de quoi ?

Jessica : Finir…

C’était le seul mot qu’elle avait réussi à prononcer avant de vomir. L’adolescente bafouilla quelques mots inaudibles. Jason se rapprocha, inquiet. Jessica se pencha subitement pour dégueuler encore une fois et avant qu’il n’eut le temps de la rattraper, la jeune fille s’effondra sur le sol. Des larmes coulaient sur ses joues et de la sueur suintait sur ses tempes. Étendue dans  sa propre vomissure, Jessica faisait vraisemblablement une overdose.

Jason : Hey Jess ! Come on, allez parle-moi ! Fuck !

Il composa le 911 avec son cellulaire, paniqué. Il savait que s’il n’appelait pas les urgences immédiatement, elle mourrait.

Opératrice : Centrale d’urgence bonjour, quel est votre problème ?

Jason : Je suis avec une fille, elle se tape une overdose, il faut envoyer une ambulance ! Elle va mourir si c’est pas vite fait ! Il faut se dépêcher !

Opératrice : Où êtes vous situé ?

Jason : J’en sais rien… Dans un putain de parc qui porte le nom d’un flic dans le quartier de Queens ! Près de la 135ième avenue…

Opératrice : Votre nom ?

Jason : Jessica, elle s’appelle Jessica…

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