1.02 - A new life
Tout était simplement génial. C’était
la bonne époque, la drogue, les nouveaux amis et tout le reste. Et enfin, la
liberté totale que Jessica et Bianca découvrait de plus en plus chaque jour.
C’était tellement moins pesant de ne plus avoir à supporter ses parents ! Et
ce soir, était encore une autre soirée de fête. Britt avait voulu allez au
Time square, se promener un peu et fumer quelques joints au grand air avec le
reste de la bande. Tous le monde avait bien aimé l’idée, et c’est alors
qu’ils s’étaient retrouvés une heure plus tard à cet endroit bien connu
de NY.
“
I feel so extraordinary
Something's got a hold on me
I get this feeling I'm in motion
A sudden sense of liberty
I don't care 'cause I'm not there
And I don't care if I'm here tomorrow
Again and again I've taken too much
Of the things that cost you too much
I used to think that the day would never come
I'd see delight in the shade of the morning sun
My morning sun is the drug that brings me near
To the childhood I lost, replaced by fear
I used to think that the day would never come
That my life would depend on the morning sun... “
Jess ne s’était pas encore repiquée
mais elle avait infiniment abusé de la coke. Trois long jours sans dormir et
elle était toujours aussi crinquée. Bianca l’était tout autant
d’ailleurs. En fait, toute la gang l’était ! Le plus grop trip de cocaïne
que Jessica avait vu dans sa vie. En tous cas, le moins qu’elle pouvait dire,
c’est qu’elle avait trouvé des gens aussi fêtards qu’elle ! Elle pensait
réellement avoir fait le bon choix de venir à New-York. C’était vivant mais
très différent de Los Angeles.
Jessica :
Hey Jason ! J’ai une question pour toi !
Jason :
Ouaip ?
Jessica :
Si baiser est un sport et que faire l’amour est un art, t’es un sportif ou
un artiste ?
C’est question provoqua une crise
de rire générale.
Jenny :
C’est pas une question sérieuse, hein ?
Emma :
Parce que si oui, c’est vraiment trop évident ! Pas besoin d’un diplôme
pour savoir la réponse !
Jason :
Désolée de te décevoir Jess, mais je suis plutôt du type sportif !
Jessica se rapprocha de Jason et lui
murmura à l’oreille d’une manière aguicheuse : « Qui
t’as dit que tu me déçois ? Habituellement, c’est les sportifs qui sont
les plus entraînés au lit, nah ? »
Elle se recula et le regarda
langoureusement. Un sourire fendit le visage du jeune homme.
Jason :
Fais attention à ce que tu dis, princesse ! Ça ne tombe pas dans l’oreille
d’un sourd ! De toute façon, normalement, les hommes
sportifs s'en sortent assez bien. Le problème vient plutôt des femmes. Car même
si la flèche les pique au niveau du postérieur, elles réussissent toujours à
se faire crever le cœur !
Il rigola candidement et tout le
monde les regarda, se demandant ce qu’elle venait chuchoter. Jenny tant qu’à
elle glissa un mot à Brittany : « Watch
out girl, t’as de la compétition ! »
Emma :
Ce qui ne faudrait pas entendre ! À t’écouter, toutes les filles que tu
baises sont folles de toi !
Jason :
Bah si, c’est le cas !
Un peu plus loin que le time square,
sur la Fashion avenue, se tenait un grand stationnement souterrain où Emma et
Jenny aimait bien aller. La gang les suivit. Ils trouvaient tous que c’était
une bonne idée; Ils pourraient s’y droguer à l’abri des regards avant d’être
assez high pour retourner parmi la
foule ! Rendus au plus bas étage du parking, plusieurs qui étaient fatigués
de marcher s’assirent adossés contre le mur de béton. Emma et Jenny, elles,
sortirent leurs canettes de peinture en spray pour faire un graffiti, une autre
activité qui les passionnait énormément.
Bianca :
Qu’est-ce que vous allez faire ?
Alex :
La même chose que d’habitude probablement ! Elles font toujours la même
chose, c’est leur marque de commerce en quelque sorte. C’est un E et un J
d’une manière très stylisée ! Dans la rue, tous le monde les surnomment
« Les deux terribles »… Ce sont de vraies dures à cuire. La rue
elles s’y connaissent, elles ont grandies dedans ! Même les gars n’osent
pas s’y attaquer mains nue à ces deux-là…
Jessica :
T’es sérieux là ?
Alex :
Sérieux comme un pape, miss !
Bianca :
Jess ? Pourquoi on en fait pas un nous aussi ? On l’a jamais ça ! Et t’as
dit que tout ce qu’on n’a pas déjà essayé, on l’essaie à New-York, tu
te rappelles ?
Jessica :
Ouaip, t’as un point. Mais ça risque d’être nul comparé à ce qu’elles
sont en train de faire !
Bianca :
Mais on s’en fiche ! T’as la trouille ?!
Jessica :
Nah j’ai jamais la trouille, tu le sais ça !
Jason :
Ouais ouais, c’est ça !
Jessica :
Je te jure que si !
Jason :
Fais-moi rire !
× × × × ×
Après s’être fait mettre au défi
de faire un graffiti comme Emma et Jenny, Jess accepta finalement d’en faire
un elle aussi avec Bianca. Le résultat était peu convainquant mais au moins,
elles avaient essayé ! La gang avait fini par retourner un peu au Time square,
question de fumer un dernier joint pour relaxer, après tous les traits de coke
qu’ils s’étaient fait dans le souterrain.
Jessica :
Écoutes Bi, rentres à maison avec eux, je vais aller retirer un peu d’argent
et faire quelques emplettes, d’accord ?
Bianca :
Je peux venir avec toi ! J’ai pas tellement envie de me coucher… J’arrive
pas à redescendre de ce foutu high de
coke, tu vois ?
Jessica :
Nah, je préfère y aller seule, okay ?
Bianca :
Pourquoi ?
Jessica :
Bah parce que j’ai envie d’être seule !
Bianca :
Come on ! Je veux y aller ! Je suis bien en train de marcher dehors à la belle
étoile, ça va être le fun ! Allez !
Jessica :
Non, merde ! Laisses moi y aller !
Bianca :
Tu me fais tellement chier parfois !
Jess lui montra son majeur d’une
manière bien arrogante puis tourna les talons pour s’en aller. Son amie
soupira longuement, se demandant se qu’elle allait faire du restant de sa
nuit. Après tout, il n’était que 4 heures du matin et même s’ils avaient
traînés dehors toute la nuit, elle ne voulait pas rentrer avec les autres.
Elle se retourna alors vers le reste de la gang, qui n’attendait plus
qu’elle pour partir.
Emma :
T’as l’air piteuse !
Bianca :
J’ai pas envie de retourner là-bas, je suis bien dehors. Allez-vous vous
coucher ?
Brittany :
Non ! Ça paraît que tu ne nous connais pas vraiment, hein ! Y’a personne ici
qui est en état de dormir ! On est encore tous trop défoncé sur la coke ! On
va aller boire et fumer un peu, question de redescendre un peu… Allez, viens,
je te promets que ça va être bien !
Jason :
Je vais venir vous rejoindre plus tard, okay Brit ? Mon pharmacien vient de
m’appeler, notre livraison est arrivée ! Je vais y aller tout de suite et
j’aurai pas à le faire demain.
Bianca
: Ton pharmacien ?
Jason
: L’underground pharmacy, tu connais pas ? Comment vous appellez ça dans
votre coin de pays ? Tu demanderas à Britt de t’expliquer ! Moi je dois y
aller.
Brittany
: Okay ! À plus tard !
Jason parti finalement dans la même
direction que Jessica, et à force de marcher derrière elle, il se rendit
compte qu’elle s’en allait probablement dans le même coin malfamé que lui.
Mais qu’allait-elle faire là ? Après tout, n’était-elle pas sensée aller
faire des courses ? Elle avait déjà longuement dépassé le supermarché, le dépanneur
et la pharmacie ! Où pouvait-elle aller ? Il se le demandait bien. Mais peut-être
ne le saurait-il jamais puisqu’il venait tout juste d’arriver devant la bâtisse
où habitait son pusher, Sam. Après avoir fini de prendre possession de sa
marchandise, Jason discuta une vingtaine de minutes avec Sam, parlant de tout et
de rien mais surtout de business. Il ressortit finalement du bloc appartement
après y être entré une demi-heure plus tôt. Alors que la porte du bloc se
refermait derrière lui, le jeune homme aperçu Jessica, toute pâlotte, sortant
d’une Mercedes rouge avec quelques billets entre les mains. Alors que la
voiture s’éloignait d’elle, elle vomissait sur le trottoir au coin de la
rue.
Voilà donc ce qu’elle fabriquait.
Il n’arrivait pas à y croire… Et de toute manière, qui l’aurait crû ?
Il ne pouvait faire autrement que d’aller la voir même si en ce moment, il ne
devait pas être la personne qu’elle avait le plus envie de voir. Entre deux
jets de vomi, Jessica réussi à prononcer un « merde
! » en le voyant tout près. Après avoir fini de dégueuler, elle lui
demanda :
Jessica :
Qu’est-ce que tu fous ici ?
Jason :
Je te retourne la question…
Jessica :
Je fais rien de bien important.
Jason :
Et là, t’as pas peur ? Toi qui te disais impossible à effrayer, je trouve
que tes yeux disent le contraire…
Jessica :
Qu’est-ce que t’en sais de toute manière ? Tu me connais même pas.
Jason :
Nah je te connais pas… Mais tu sais, dans la vie, il y a trois personnes
distinctes en nous… Celle qu’on voudrait être, celle que l’on croit être
et puis celle qu’on est vraiment. Les deux premières nous sont familières
mais la troisième nous est souvent inconnue. Je te connais pas, mais je pense
pas que tu connaisses mieux que moi…
Jessica :
Fous le camp. J’ai pas envie d’entendre tes conneries.
Jason :
T’as vraiment envie de revenir seule ? Anyway, on s’en va au même endroit
tout les deux, donc t’as pas vraiment le choix. Et puis en plus, je suis prêt
à gager que tu connais qu’un seul chemin pour te rendre, j’ai pas raison ?
Elle resta silencieuse. Ça lui
donnait raison, mais au moins, elle ne l’admettait pas de vive voix. C’était
déjà mieux pour son orgueil. Elle commença à marcher, et lui, la suivait en
parlant de n’importe quoi pour meubler le silence pesant.
Ils étaient dans une rue, une rue
pleine de passants, de bruit. Ce qu’elle voyait, car elle baissait la tête
pendant qu’il parlait, c’était les dalles de ciment du trottoir, de la
poussière, des crachats, de vieux mégots de clopes, en gros les résidus
d’une grande ville. Le même trottoir sur lequel elle voulait s’effondrer.
Elle voyait trop de chose, entendait trop de chose, sentait trop de chose. C’était
trop lui donner d’un seul coup. Cette liberté inconnue qu’elle gérait
vraiment mal. Tous ces gens qui la dépassaient, la croisaient, la frôlaient,
la bousculaient… Dans la rue, elle allait d’émotion en émotion.
« La
solitude parfois est immense
Tout plutôt que d'être ce passant qui traverse le temps
De temps en temps
Je
sens que j'hallucine
Et j'ai peur de partir comme un fou vers la mort
Et j'ai des grands instants de lucididididididididité
Et j'ai des grands instants de lucididité
Fuck the system do it, do it, do it, do it - Yeah!
Et j'ai
des grands instants de lucididididididididité »
Elle était beaucoup trop à jeun.
Elle avait tellement besoin de drogue pour s’embrumer l’esprit. Elle ne
pensait qu’à ça. Avoir une dose de dope. Pourquoi pas une dose d’héro ?
Elle pourrait oublier tout d’un coup, comme si rien ne venait de se passer.
Elle ne penserait plus à ce mec répugnant qu’elle venait de baiser dans la
Mercedes. Elle ne penserait plus à son corps, son corps qui la dégoutait et
qui lui faisait si honte.
« When
I'm paranoid I see walls behind walls behind walls
When I'm over joyed I see falls over falls over falls
Have
you ever been lost
Floating on the ground
Like a fading frost
You've fallen asleep
Next to your bed
And you feel so low
Oh they've stolen your pride
Stand up while your conscience sits aside
I've made up my mind
Half of the time and I feel so low »
Jessica:
Qu’est-ce que t’étais allé faire dans ce coin de la ville ?
Jason :
Refaire mon stock d’héro ! Pourquoi ?
Jessica :
Pour rien… Je me disais juste que j’aurais peut-être envie d’un shoot.
Jason :
Je sais pas si j’ai envie de t’en filer un.
Jessica :
Je vais te le payer, si c’est ça qui t’inquiètes.
Jason :
Avec quel argent ? Celui du type de la Mercedes ? Je me sentirais coupable que
tu me refile ce fric là, en sachant comment tu l’as eu. Ce qui m’inquiète
le plus, c’est la raison pour laquelle tu veux te shooter. Je sais pas si
c’est sain, tu vois ?
Jessica :
Fais pas semblant d’avoir une conscience ! Franchement ! Je dois pas être la
seule fille qui vend son cul sur le bord de la rue pour un peu de came et encore
moins la seule à se droguer pour les raisons que je veux me shooter. Alors
laisses faire ta morale, et vends moi un peu de ta dope, tu veux ?
Jason :
Je sais pas… Je suis pas à l’aise avec ça. Mes clients, je les connais
pas, ce sont que des épaves, des corps sans âme. Des corps dont le seul but
est d’avoir des veines pour pouvoir se shooter. Toi… Je sais pas, je me
sentirais responsable qu’il t’arrive quelque chose à cause de moi. Faut pas
jouer avec l’héro, on en devient vite dépendant, et à voir le genre de
fille que t’es, je me dis que ça pourrait être assez rapide…
Jessica :
Ce que tu peux être chiant ! Si tu ne m’en vends pas, je vais juste me
trouver quelqu’un d’autre pour m’en vendre.
Jason :
Mais tu connais personne d’autre que nous !
Il s’esclaffa, l’épiant avec ses
yeux rieurs. Elle commençait vraiment à se sentir irrité. Elle voulait être
stoned, elle en avait besoin plus que tout le reste. Elle s’impatienta.
Jessica :
Allez, merde ! Arrêtes de me faire chier et vends moi en un peu ! T’as pas eu
de scrupules la première fois, alors là, fais pareil ! For god sake ! Je
t’en supplie.
Jason :
Okay… Mais une dose minuscule !
Jessica :
Comme tu veux, je m’en fous !
× × × × ×
Elle reposa la seringue et laissa sa
tête tomber en arrière. Elle sentait les effets de la drogue monter. Et elle
sentait une main. Elle était sur le siège de cette voiture. Il y avait une
main sur sa cuisse. Elle tenta de la repousser mais elle ne dirigeait plus bien
ses mouvements. La main vint se glisser dans son pantalon et un souffle vint réchauffer
son cou. Elle lança ses bras en avant. Mais elle n'atteignait personne. L'homme
tentait de défaire son pantalon. De soulever son t-shirt et elle sentait le
tissu dans son dos. Celui des sièges de la Mercedes. Pourtant elle en était
sortie. Elle le savait. Mais la main avait réussi à se glisser sous ses vêtements
et commença à la caresser. Et elle ne voulait pas. Elle détestait sentir
cette main contre elle. Elle détestait ce souffle dans son cou. Elle sentit des
larmes couler sur ses joues et elle hurla. Elle ne voulait plus qu'il la touche.
Elle ne voulait plus le sentir.
Jason
: Jess !
Il la prit par les épaules et essaya
de la forcer à le regarder.
Jason
: Jess c'est moi ! Tout va bien !
Elle hurlait de toutes ses forces,
elle criait à s’en époumoner. Jessica se débattait sous les mains de Jason
alors que lui ne comprenait pas ce qui se passait. Il ne faisait que la voir se
débattre, pleurer et hurler comme une forcenée.
Jessica :
ARRÊTES DE ME TOUCHER ! ENLÈVES TES SALES PATTES DE MOI !
Jason :
Okay, okay ! J’arrête ! Tout va bien… Respire lentement… C’est moi,
t’as pas à t’en faire.
Jessica :
J’ai de la misère à respirer, je me sens pas bien, je veux rentrer à la
maison mais je suis incapable de me lever…
Jason :
Ce serait correct si je te prenais dans mes bras ? Seulement vingt minutes, je
te ramènerais à la maison, d’accord ?
Jessica :
Je sais pas.
Elle pleurait comme une enfant. Les
yeux perdus dans le vide, terrifiée, Jessica n’arrivait pas à trouver de
point de repère autour d’elle. Qu’un monde inconnu se profilait à
l’horizon. Elle était bien loin du paysage familier qu’était l’océan et
les palmiers de la Californie.
Jason :
Je pourrais appeler un copain, on pourrait faire le trajet en voiture, ça irait
plus vite, tu veux ?
Jessica :
NON ! Pas de voiture… Je crois que je vais vomir.
Jason regarda tout autour de lui,
tentant désespérément de trouver une solution. Il aperçu enfin une lueur
d’espoir.
Jason :
Hey, regardes là bas… Y’a un petit motel… Bon, il est vraiment miteux, je
te l’accorde, mais je pourrais louer une chambre, et tu pourrais te reposer
avant qu’on retourne à la maison…
Jessica :
Ouais, c’est okay.
Jason :
Je te prends dans mes bras, tranquillement, t’a rien à craindre…
Il la souleva dans ses bras doucement
et avec une aisance surprenante. C’est en s’accrochant autour de lui, en se
lovant dans son cou qu’elle remarqua les bras musclés du jeune homme. Voilà
donc pourquoi il avait pu la soulever avec autant facilité. D’autant plus que
son petit corps d’adolescente de 15 ans ne devait pas être bien lourd. Jason
la transporta jusqu’au motel qui n’était qu’à quelques minutes du porche
où Jess s’était shootée. Il entra à la réception et tenta de déposer
l’adolescente sur la chaise attenante au bureau mais elle s’accrocha désespérément
à lui, comme si sa vie en dépendait. Elle se remit à pleurer de plus belle
alors il fut contraint à la garder dans ses bras. Il appuya sur la sonnette du
bureau pour faire venir le propriétaire. Un monsieur grand et squelettique aux
cheveux grisonnants apparût soudainement dans le cadre de la porte.
Propriétaire :
Oui ?
Jason :
J’aurais besoin d’une chambre pour quelques heures.
Propriétaire :
Pas question.
Jason :
Et pourquoi ça ?
Propriétaire :
Je ne veux pas d’obscénités dans mes chambres, voilà tout.
Jason :
Je veux juste une foutue chambre ! Elle a besoin de se reposer un peu, êtes
vous aveugle ?!
Propriétaire :
Entendu. C’est cinquante dollars.
Jason tourna les yeux vers
l’affiche.
Jason :
Ouais, c’est ce que je disais, vous êtes aveugle ! C’est inscrit trente
dollars pour la nuit !
Propriétaire :
C’est cinquante dollars ou tu vas ailleurs, jeune homme !
Jason fouina dans le fond de ses
jeans essayant de retrouver dans le chaos de ses poches de quoi payer la chambre
minable à cette saleté de vieux fourbe tout en essayant de ne pas échapper
Jessica sur le sol. Durant ce temps, le propriétaire lui tendit la clé d’une
des chambres qu’il avait prise sous le comptoir. Jason jeta trois billets de
vingt dollars sur le meuble et empoigna la clé d’un geste vif puis sorti de
du bâtiment de l’accueil en lançant un dernier regard noir au vieil
homme : « Vous pouvez garder la
monnaie. »
× × × × ×
Bianca :
Alors, c’est quoi cette histoire d’underground pharmarcy ?
Brittany :
T’étais vraiment sérieuse ? Tu pas idée de ce que c’est ?
Bianca :
Nah, jamais entendu ça, dans mon coin de pays comme dirait Jason !
Brittany :
Bah là majorité d’entre nous à New-York, je veux dire par là tous les dopés,
bah on appelle nos dealers les pharmaciens ! On peux leur acheter toutes les
pilules et les baumes qui peuvent nous soigner, nous les camés ! C’est ça
l’undergound pharmacy !
Bianca :
Bah vu comme ça, c’est assez logique, ouais. Fallait seulement comprendre le
contexte de la chose.
× × × × ×
Il la déchaussa, l’installa
confortablement dans le lit et remonta les couvertures sur son frêle corps. Déjà,
il l’a sentait un peu apaisée. Lui, s’assit sur le petit sofa à côté de
la porte d’entrée et alluma la télé. Jason n’était pourtant pas vraiment
intéressé par celle-ci ; il regardait plutôt sa compagne de chambre du coin
de l’œil. Elle semblait agitée maintenant, et n’arrêtait pas de bouger
comme si elle ne trouvait confort dans aucune position. Elle se retourna vers
lui et le fixa dans les yeux. Elle savait qu’il la regardait, il en était sûr.
Jessica :
Tu peux venir près de moi ?
Il trouva la demande un peu singulière
mais en voyant les yeux effarés et mouillé de Jess, il se dit qu’après
tout, si ça pouvait l’aider…
Il se leva et alla s’allonger à côté
d’elle. Aussitôt, elle posa sa tête sur son torse et l’entoura de ses
bras. Jessica avait tellement l’air perdue. Il se demandait sans cesse
qu’est-ce qui avait bien pu la paniquer à ce point. Il se doutait bien
d’une des causes du problème mais pour ce qui était des autres causes, il ne
devait pas trop espérer de le savoir un jour.
Il savait bien que Jess ne parlerait
jamais de ça avec lui. Beaucoup trop discrète, ou plutôt, secrète….
× × × × ×
Ils n’avaient pas arrêté de faire
la fête une seconde. Encore complètement défoncés à dix heures du matin,
ils ne comptaient pus les lignes de coke qu’ils avaient sniffé. Bianca,
Britt, Emma, Jenny et Alex étaient tous assis autour de la table basse du salon
où ils s’étaient fait des traits de cocaïne en bavardant des heures durant.
Jenny :
Jason n’est pas encore arrivé, vous trouvez pas ça bizarre ? Il a peut-être
eu des problèmes… La semaine
dernière un type a essayé de le taper et lui voler son stock. Finalement
c’est Jay qui lui a foutu une raclée et le puis le mec, et bah il a dit
qu’il reviendrait le voir. On sait pas, peut-être qu’ils sont revenus à
trois ou j’sais pas, et pis qu’ils ont tabassé Jay !
Emma s’esclaffa d’un rire franc.
Emma :
Jenny, tu dis n’importe quoi, t’es trop poudrée et tu te mets à être
parano ! La petite demoiselle n’est pas rentrée non plus, ils sont partis
dans la même direction et ils se sont flirtés toute la putain de nuit. Y’a
pas plus simple ! Jay et Jess sont quelque part à faire leurs cochonneries !
Jenny :
Coup duuuur ! Britt, tu vas t’en remettre ? Je te l’avais bien dit, t’as
de la compêtition féroooce !
Vexée, Brittany s’enferma dans la
salle de bain puis s’assit sur le rebord du bain. Elle sortit son téléphone
cellulaire de sa poche et composa le numéro de Jason.
Bianca :
Merde, sérieux, je dois vraiment être givrée pour ne même pas m’être
rendue compte que Jess n’était pas revenue !
× × × × ×
Jessica avait finalement réussi à
s’endormir il y de cela quelques heures mais elle fut tirée de son sommeil
profond par un téléphone qui sonnait. Une chanson de hip-hop retentissait dans
toute la pièce. Elle scruta la pièce mais n’y vit pas Jason. Elle fût donc
obligée de s’extirper du lit pour aller répondre à ce foutu cellulaire qui
lui agressait les oreilles. Elle répondit finalement en maugréant :
« Allo ? »
Brittany :
C’est qui ?
Jessica :
Jess… C’est Britt ?
Brittany :
Ouais… Je peux parler à Jay ?
Jessica :
Je sais pas où il est, il a dû sortir pendant que je dormais, tu viens
justement de me réveiller…
Brittany :
Ah, okay… Vous êtes où ? Ça fait longtemps que vous étiez sensés revenir,
nah ?
Jessica :
Je sais pas trop… Peut-être dans un motel machin chouette, j’en ai sincèrement
aucune idée. Je me souviens même pas d’être arrivée ici.
Brittany :
Okay… On se revoit tout à l’heure, chow !
Jess n’eut même pas le temps de répondre
que déjà son interlocutrice avait raccroché la ligne.
× × × × ×
Brittany sortit de la salle de bain
après quelques minutes.
Emma :
Tu pouvais pas résister, hein ? Fallait que t’appelle pour le savoir ?
Brittany :
Je vais me coucher, À plus, tous le monde…
Jenny :
Em, je pense bien qu’encore une fois t’as visé dans le mil.
× × × × ×
Jessica était sous la douche lorsque
Jason entra. Elle n’avait pas fermé la porte ne pensant pas qu’il arriver
durant ce temps. Le jeune homme avait sa paire d’écouteurs bien enfoncée
dans ses oreilles. Il entra dans la pièce sans faire attention. Lorsqu’il
leva les yeux, il aperçu Jess, nue sous l’eau ruisselante. Il tourna les
talons, bien que ce fût pour lui une vision des plus agréable. et cette dernière
ouvrit la porte de la douche.
Jessica :
Tu veux prendre une douche ?
Elle le considéra, comme si rien ne
c’était passé, le visage et l’allure aussi fraîche qu’une fleur. Elle
avait vite perdu sa mauvaise mine !
Jason :
Je suis pas vraiment sûr que ce soit une bonne idée… De toute façon, je
venais juste pisser…
Jessica :
Et bien vas-y, ne te gênes pas…
Il pissa quand même, quoiqu’il fût
un tantinet embarrassé. Après tout, il lui faisait dos et elle ne pourrait
rien voir ! Lorsqu’il repassa près de la douche pour sortir de la pièce,
Jess l’agrippa par le bras.
Jessica :
T’es sûr ? Ça fait du bien je te le garantis !
Un sourire enjoué se dessina sur le
visage de la jeune fille. Elle approcha ses lèvres des siennes et y déposa un
léger baiser. Si léger qu’elle ne l’avait qu’effleurer.
Jessica :
Allez, t’en as envie…
Elle recommença son manège jusqu’à
ce qui se mette à l’embrasser beaucoup plus intensément. Elle l’attira
vers elle, bien qu’il fût habillé. Sa chemise bleu pâle se mouillait
rapidement et elle laissait apercevoir le torse sur lequel elle avait reposé sa
tête pour la nuit. Aussi musclé qu’elle avait imaginé, sinon plus, elle détacha
les boutons de sa chemise un par un tranquillement alors qu’il l’embrassait
fougueusement dans le cou et près de l’oreille. Ils se désiraient profondément,
ça se voyait, ça se sentait. La chimie passait vraiment entre eux. Jessica
avait couché avec beaucoup de garçons dans sa vie mais presque jamais elle
n’avait voulu autant quelqu’un. Elle ne savait pas si c’était vraiment
lui ou encore l’effervescence de sa nouvelle vie à New-York mais elle voulait
ardemment baiser avec lui. La situation était semblable pour Jason mais parfois
lorsqu’une lueur de logique lui revenait, il se disait qu’elle était bien
jeune. Elle n’avait tout de même que 15 ans… Mais peu importe, en ce
moment, il s’en foutait bien. Ce serait une bonne baise avec une fille
vraiment canon, il aurait du plaisir et tout se finirait ensuite…
× × × × ×
Elle avait nettement l’impression
que son estomac allait s’auto-digérer. Elle avait tellement
faim ! Il était aux alentours de midi et Bianca avait ingérer son dernier
repas près de vingt-quatre heures auparavant.
Bianca :
Est-ce que je suis la seule à avoir faim ici ?
Alex :
Nah, je meurre de faim mais je suis juste trop défoncé pour penser à manger !
Avec toute la mari qu’on vient de fumer, c’est impossible de pas avoir faim,
sauf qu’avec la coke…
Bianca :
Merde ! En plus, je peux rien faire tant que Jess est là…
Jenny :
Pourquoi ?
Bianca :
Bah c’est elle qui a tout l’argent ! Ou plutôt, la carte de crédit !
Emma :
Quoi ?! C’est pas vrai ! Vous avez foutu le camp avec seulement une carte de
crédit en poche ? Elle est a qui cette carte ?
Bianca :
Bah au père de Jess… La limite de crédit est totalement inatteignable, je
vous le jure ! Et puis de toute façon, il est possède tellement que ça va lui
prendre des mois avant de se rendre compte que c’est nous qui l’a prise !
Jenny :
T’as même pas à attendre Jess. On a qu’à aller au dépanneur du coin si
tu veux.
Bianca :
Mais je viens de vous dire que j’avais pas un rond !
Jenny :
Qui a dit que tu avais nécessairement besoin d’argent pour manger ? Le système
D, tu connais pas ça ? Débrouillardise !
Alex :
Bah d’abord faut que tu comprennes que c’est de la débrouillardise à la
manière de Jenny…
Bianca :
Et alors ? Qu’est-ce
qu’on fait ?
×
× × × ×
Après une douche bien mouvementée,
ils avaient décidé d’aller se recoucher un peu, question de discuter
tranquillement. Ils avaient une drôle d’envie de se découvrir, de se connaître
mieux. Nus sous les draps, leurs corps étaient collés l’un à l’autre
alors qu’ils se parlaient dans le creux de l’oreille.
Jessica :
Tu peux me dire un truc ? Pourquoi est-ce qu’on dit que la terre est ronde
alors que le monde tourne pas rond ?
Jason :
C’est une assez bonne question… Je peux pas vraiment y répondre puisque je
me la suis déjà posée et que depuis j’ai jamais trouvé de réponse…
Jessica :
Au fait, t’aurais pas un peu de dope sur toi ?
Jason :
Il me reste un peu d’héro, j’ai
tout vendu le reste tantôt pendant que tu dormais, pourquoi ?
Jessica :
J’aurais drôlement envie de m’embrumer l’esprit…
Jason :
T’es sérieuse là ? T’as pas eu assez de ton méga bad trip ? Oublie ça,
la prochaine fois que tu en prends, c’est pas avec moi ! Pas que j’apprécie
pas ta compagnie mais j’ai quand même passé six longues heures à te
surveiller comme une enfant ! Et puis de toute manière, tu commences déjà à
trop vouloir en prendre… Il faudrait vraiment pas que tu t’y mettes pour de
bon…
Jessica :
Écoutes, c’est pas comme si j’avais jamais pris de drogue ! Je suis pas
novice en la matière, tu sais ! Savoir se contrôler avec la dope, ça
s’apprend. Je vois pas pourquoi je finirais accro…
Jason :
Jess, l’héro c’est vraiment une catégorie à part. Avec l'héroïne, tu
peux côtoyer le parfait, l'extase, le paradis, l'absolue Jouissance de l'âme.
Tu trippes fort. C'est tellement bon, qu'après çà, n'importe quelle autre expérience
de la vie n'est rien. Tout le reste est nul, merdique et dérisoire. De la
broutille... Après l'héroïne, si tu as le choix entre 1 million de dollars et
continuer l'héro, tu choisi l'héro. On t'offre la plus belle fille au monde,
et tu choisi l'héro. On te dis que tu vas mourir si tu continues, et tu
continues... Après l'héroïne, il n'y a rien… Rien d'autre que l'héroïne...
C'est pour ça qu'elle est si dangereuse...
Jessica :
Peut-être mais au fond, c’est moi qui décide ! Si je dis que je serai pas
accro, je finirai pas toxico ! That’s it, that’s all !
Jason :
C’est pas vrai. La came va finir par décider pour toi un jour où l’autre.
En plus, t’es déjà le type de fille à s’embrumer l’esprit – comme tu
dis – pour oublier. Les gens qui
se droguent pour oublier se sont les plus vulnérables à tomber accro.
Jessica :
J’ai l’impression d’entendre mon frère…
Elle se défit de l’étreinte des
bras du jeune homme et se tourna dos à lui, soudainement empreinte de
nostalgie.
Jason :
Arrêtes de penser à ce que t’as pas fait, ce que tu as oublier de faire, ce
que tu n’as pas réussi à faire, ce que t’as pas eu le courage de faire, ce
que tu feras jamais. Arrêtes de te tracasser avec les choses de la vie, c’est
pas si important…
Elle ferma les yeux alors qu’une
larme s’écoula sur sa joue. Elle faisait revivre des babioles, brimborions
qui avaient leur importance dans son esprit. Dieu qu’elle pouvait le haïr ce
Jason ! Il savait toujours trouver les mots justes pour toucher sa corde
sensible. Des mots qui foutent le bordel, qui virent tout à l’envers…
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