1.01 The morning after



 

Guest stars

Dominic Purcell – Tom

Colin Farell – Pierce

Catherne Zeta-Jones – Mme. Garner

Sean Connery – M. Garner

 

 

× × ×

 

« Oh the quiet child awaits the day when she can break free
The mold that clings like desperation
Mother can’t you see I’ve got
To live my life the way I feel is right for me
Might not be right for you but it’s right for me...
I believe...

I believe
This is heaven to no one else but me
And I’ll defend it as long as
I can be left here to linger in silence
If I choose to
Would you try to understand it 
»

 

 

× × ×

 

 

Elles avaient passées la nuit sur un banc, au beau milieu de Central Park, tout près de la fontaine de Bethesda. Elles se laissaient envahir pas la sérénité du lieu avant de reprendre la route vers un endroit plus urbain. Elles n’avaient aucunement parlées de l’évènement qui s’était produit le soir d’avoir car Jessica s’obstinait à ne rien dire.

 

Bianca : Hey Jess ! Regarde là bas !

Elle lui pointa deux filles au loin.

Jessica : Quoi ?

Bianca : Bah regarde ! Elles ont vraiment l’air de fumer de l’herbe ! On pourrait aller leur demander si elles connaissent quelqu’un qui en vend ! Qu’est-ce que t’en dis ?

Jessica : J’en dis que j’adooooore ta vision nocturne ! Allez viens ! J’ai VRAIMENT besoin de me changer les idées

Elles marchèrent vers les deux autres jeunes filles.

Jessica : Hey !

Fille : Qu’est-ce que tu nous veux ?!

Jessica : Moi c’est Jess, elle c’est Bi… En fait, on voudrait seulement savoir si vous auriez pas un peu de shit à vendre. Ou n’importe quoi d’autre pour nous embrumer l’esprit.

Fille : Moi c’est Jenny. Et elle c’est Brittany.

Brittany : Désolées mais on vient juste de fumer le dernier gramme qui nous restait… Mais si vous voulez, je peux vous montrer un endroit où vous trouverez de tout…

Jenny : T’es folle ! Tu vas pas les emmener chez Julian ?! On les connais même pas ! Regardes les, ces deux petites brebis égarées ! Ça se voit qu’elle sont nouvelles dans le coin. C’est pas à nous de jouer les mamans ! Qu’elles s’organisent toutes seules !

Bianca : Merde ! Calme toi ! On veut juste un peu de dope ! Et qu’est-ce qu’il y a de mal à être de l’extérieur de la ville ? C’est pas un crime, à ce que je sache !

Brittany : Allez, Jenny ! Come on !

Jenny lança un regard noir à son amie, tourna les talons et parti.

Brittany : Allez, venez !

 

 

× × ×

 

 

C’était une vieille maison délabrée, presque insalubre. On se demandait presque comment elle faisait pour tenir encore debout. Les quatre filles y entrèrent une à la suite de l’autre. Une odeur nauséabonde arriva jusqu’aux narines de Jessica et Bianca. La puissante odeur d’alcool, de clopes et de vomis donna le haut-le-cœur à Bianca. Des dizaines de bouteilles jonchaient le tapis brûlé par endroit. La musique était tellement forte qu’elle était presque intolérable. Deux jeunes hommes étaient assis sur le sofa défoncé. D’ailleurs, à en juger leurs yeux, le sofa n’était pas le seul à être défoncé !

Jenny : Alex, Jay ? Où est Emma ?

Alex : Hum… Partie acheter une autre caisse de bière…

Jenny : Putain on entends rien !

Elle baissa le volume.

Jason : Ouuuaah… Sexy la brunette ! T’aurais as envie de baiser par hasard ?

Jessica : Non pas vraiment.

Brittany : T’en fait pas… Quand il est complètement saoul, il devient imbu de lui-même et se permet de dire ce qu’il veut surtout quand ça concerne une fille…

Jessica : Hum ok… T’as l’air de bien le connaitre ?

Brittany : Je suis son ex ! Hey Alex ! C’est Jess et Bianca ! Elles voudraient avoir un peu d’herbe. Je me suis dit que c’était sûr qu’elles en trouveraient ici !

Alex : Ouais… Moi j’en ai ! Je vais aller vous en chercher dans ma chambre mais je vais faire une petite chose avant !

Il sortit une dose de coke et s’en fit une ligne sur la table devant les deux amies.

Jessica : Ça… T’en aurais pas un peu de trop aussi ?

Bianca regarda Jess avec un drôle d’air tandis qu’Alex s’esclaffa.

Alex : Si j’en ai de trop ?! Figures-toi que j’en vends !

Jessica : Tu m’en fais une ligne ?

Il la regarda suspicieusement. Elle avait l’air d’une fillette la veille de noël, avec ses deux grands yeux de biche qui fixait la poudre blanche sur la table. Il fit une deuxième ligne, plus courte, près de la sienne. Il sniffa la coke puis passa la paille à Jessica. Elle avait toujours eue cette petite excitation avant de prendre une dose de drogue. Elle avait les mains moites et tremblantes, son cœur débattait. Alors elle s’agenouilla puis sniffa à son tour.

C’était la deuxième fois qu’elle en prenait. Elle ne voulait pas trop toucher à cette drogue par peur d’en être accro. Elle se connaissait. Elle savait très bien qu’elle pourrait facilement tomber le nez dans un sac de cocaïne… C’était pourquoi elle s’en était toujours tenue aux speeds et aux ecstasy même si la tentation était des plus tenaces.

Juste le fait de l’avoir sniffée l’excitait. On aurait même presque pu croire qu’elle était déjà défoncée. Cela prouvait bien que parfois, tout n’était que placebo.

Alex : Alors, tu viens d’où ?

Jessica : Los Angeles.

Bianca : Vous devriez voir la baraque de ses parents à Pacific Palisades… Vous vous demanderiez ce qu’elle fout ici ça c’est sûr !

Brittany : Pourquoi?

Bianca : Merde, c’est un château ! Sa chambre est presque aussi grande que l’appartement de ma mère !

Jessica : Ta gueule, Bi !

Brittany : Sérieux ? Ouah ! Ça doit être fou ! Pourquoi tu veux pas en parler ?

Jessica : J’ai foutu le camp, je veux plus en entendre parler c’est tout ! Anyway, je sors dehors fumer une clope…

Brittany : Reste ici ! Franchement ! Tu peux griller ta cigarette ici, non ?

Jessica : Je sors quand même…

Alex : C ‘est comme tu veux…

Et lui. Il ne pouvait s’empêcher de la regarder. Elle, cette petite princesse égarée. Elle se leva et lorsqu’elle quitta la pièce elle tourna légèrement la tête vers lui. Un échange de regard soutenu. Deux yeux verts tels deux fragments de jade qui le fixait à présent. Son cœur fit un double tour. Ça faisait des années lumières qu’il n’avait pas ressenti une émotion d’une telle intensité.

Il se leva et la suivit. Il sortit dehors lorsqu’elle était en train d’allumer sa Marlboro. Elle tira une bouffée avant de se retourner vers lui. Alors que la fumée s’échappait d’entre ses lèvres, elle lui murmura : 

Jessica : Qu’est-ce que tu fais ici ?

Jason : Je sais pas, faut croire que j’avais envie de prendre l’air moi aussi…

Jessica : Si t’as encore envie de sexe, je suis pas la bonne personne pour le moment.

Jason : Nah ça va… L’envie a passé au fur et à mesure que j’ai dégrisé…

Jessica : Ok… Alors, toi, c’est Jay ?

Jason : Nah, Jason. Jason Brook !

Jessica : Ok. Tu viens d’ici toi ?

Jason : Je viens de Portland dans le Maine…

Jessica : T’as pas mal changé de style de ville, non ?

Jason : Ouais, je sais pas si ça a été une si bonne idée d’ailleurs…

Jessica : Pourquoi tu dis ça ?! La ville, c’est excitant, nah ?

Jason : Plutôt frénétique, ouais ! Disons simplement que dans le coin d’où je viens, c’est plus facile d’être en paix avec soi-même…

Jessica : Peut-être ! Je pourrais pas te dire… Los Angeles, c’est comme New-York tout en étant très différent. Hell.A. c’est le summum de l’American dream. L.A. c’est unique. Y’a a pas une ville dans le monde qui lui ressemble.

Jason : Alors pourquoi t’es rendue ici… ?

Jessica : En fait, tout s’est réalisé sur un coup de tête. Tout est arrivé tellement trop vite. Un jour, j’étais là-bas puis ensuite, j’étais ici. Je crois que j’avais besoin de changé d’atmosphère, la vie me pesait là-bas…

I only wish for snow to fall

On the palm trees in the dirt

But here the sun will always shine (It'll always shine)

Even if with the clouds it flirts

For Shangri-LA is always dry

It doesn't cry like me

In Hell-LA the sun is always there ( it's always there)

Scalding the deep green sea

Jessica : Merde !

Jason : Quoi ?

Jessica : C’est exactement ça que je déteste de la putain de coke ! Ça dure jamais assez longtemps ! Je commence déjà à être dans mon down.

Jason : Ouais, je comprends… Si tu veux vraiment être stoned longtemps, tu devrais essayer l’héroïne. T’en a déjà pris ? Je veux dire, t’as l’air d’une fille qui aime bien essayer de nouveaux truc.

Jessica : Non. Elle fait malheureusement encore partie de ma liste de drogues à essayer. Je devrais d’ailleurs le faire bientôt !

Jason : Tu pourrais en faire aujourd’hui !

Jessica : Tu connais quelqu’un qui en vend ?

Jason : Ouais, moi.

Jessica : My god ! Britt avait vraiment raison ! On trouve n’importe quelle drogue dans cette maison !

Jason : Presque, c’est vrai, je l’avoue !!

Jessica : Tu vends ça combien ?

Jason : Pour toi, aujourd’hui, c’est gratuit. Si tu veux, on a qu’à aller dans ma chambre…

Jessica : Ouais si tu veux. Mais qu’est-ce que ça fait, au juste ?

Jason : Bah c’est tout simple! Tu flottes sur un gros nuage moelleux rose ! C’est comme si tout ce qui te sert de problèmes, disparaissait en un seul shoot… Et il y a cette sensation où tu te sens ici, ailleurs et partout à la fois… Ouaah! J’en ai pris autrefois… Mais je préfère l’ecstasy. Les perceptions des gens autour de moi genre quand je suis là dessus… Toutes les filles m’attirent !

Jessica : Je me demande pourquoi mais… ça m’étonne pas.

Jason : Allez, viens. J’ai pas toute la journée…

Ils montèrent au deuxième étage pour aller dans sa chambre.  Jessica se coucha sur le lit de Jason tandis que ce dernier fouillait dans son sac pour prendre un sachet d’héroïne. Il prit une cuillère et y mit la poudre. Il y déposa quelques gouttes de jus de citron, brassa la mixture et fit brûler le tout avec la flamme de son briquet. Il mit un petite boule de ouate au bout de l’aiguille pour filtrer et il aspira la substance dans la seringue.

Jason : Allez, assis toi près de moi, c’est le moment !

Jessica : Tu vas me le faire, hein ? Je sais pas comment…

Jason : Ouais je vais te le faire. Approches.

Elle releva la manche de son chandail et tendit son bras vers lui.

Jason : Alors, t’es prêtes ?

Jessica : Ouais, enfin, je suppose.

Il la piqua à la saillie du bras. L’effet fut instantané. L’impression d’être perpétuellement sous l’eau mais en même temps de s’envoler. L’impression d’être plus vivante que jamais mais de mourir à la fois. Mais elle se fichait de tout en cet instant précis. Le plus beau moment de sa vie. Le monde autour d’elle avait disparu. Elle s’était fait transporter dans un autre monde où elle y était bien, où il faisait chaud et où tout était douillet.

Il n’y avait plus de passé, plus de futur… que le temps présent. Elle avait littéralement l’impression de nager dans un monde de bonheur. D’un coup, la nausée l’assaillait. Jessica vomit sur le tapis, à côté du lit de Jason.

Jessica : Merde.

Mais après tout, elle s’en foutait. N’importe quoi pour un moment spécial comme celui-ci.

 

 

× × ×

 

 

C’était leur havre de paix. Une petite parcelle de plage à l’abri des regards découverte par son frère alors qu’ils n’étaient que des enfants. En vieillissant, Alec l’avait en quelque sorte transformée en squat. Puis encore quelques années passèrent jusqu’au moment où Jessica commença elle aussi à fréquenter l’endroit pour s’éloigner de la pression familiale.

Un jour, elle y alla pour parler à son frère après qu’elle eue une violente dispute avec son père.  Lorsqu’elle arriva sur la plage, plusieurs junkies assis formaient un cercle autour de quelque chose. Elle avança un peu. Au loin, elle n’apercevait pas la tête d’Alec. Jessica avança jusqu’à eux.

Grave erreur. Le pire choc de sa vie. Son grand frère, la seule personne avec qui elle se sentait bien dans ce monde, était étendu par terre, sans vie. Il était tout bleu, avec une seringue dans le bras. Elle était maintenant juste à côté de lui. Elle le serrait dans ses bras. Jessica se foutait que son frère soit devenu un cadavre, elle ne pouvait pas s’empêcher de le serrer de plus en plus. En même temps que son cœur se serrait lui aussi. Ça ne se pouvait pas. Ce n’était qu’un mauvais rêve, ou une blague de mauvais goût. Lui qui lui faisait toujours les 400 coups. Il devait ouvrir les yeux et se relever. Lui dire que tout était fini. À travers ses sanglots, elle chuchota à l’oreille d’Alec.

Jessica : Allez, s’il te plait, tu me manques, tu peux pas me faire ça…

Deux autres filles pleuraient et les gars, eux, s’en foutaient un peu à vrai dire. Après tout, ce n’était qu’un mort de plus cette année. Un mort parmi tant d’autre. En plus, ils étaient tous shootés.

Jessica : Qu’est-ce qui est arrivé ? Tom, tu le sais ?

Tom : Laisses faire, Jess. Tu peux pas comprendre…

Douze ans et son monde venait de s’écrouler. Et il avait le culot de lui dire qu’elle ne pouvait pas comprendre. Pour qui le prenait-elle ? Du haut de ses douze ans, elle en savait déjà beaucoup sur la vie. Elle voyait bien qu’il avait crevé par overdose mais elle ne savait pas pourquoi. Ce devait être un pur accident. Jamais il n’aurait pu faire ça. Mourir de lui-même et la laisser toute seule.

Jessica : Ta gueule, Tom ! Je sais bien il est mort de quoi !  Dis moi seulement comment c’est arrivé ! S’il te plait !

Tom : C’était qu’un jeu, Jessica ! Laisses tomber, bordel !

Jessica : Arrêtes, putain ! Arrêtes de me traiter comme une gamine ! Vas donc t’occuper de la tienne au lieu de me faire chier ! Merde !

Tom : Vas chier toi-même. T’es pas mal baveuse pour ton âge.

Jessica : Peut-être mais j’ai raison. Et c’est mon frère à moi qui est mort là bas, alors vas te faire foutre !

 

 

× × ×

 

 

Jason : Jess ? Ça va ? Réponds-moi ! Eh oh !

Jessica : Ouais, ouais…

Jason : Merde, tu m’as flanqué une des ces trouilles ! Je croyais bien que tu te tapais une OD.

Jessica : Une quoi?

Jason : Une OD, overdose.

Jessica : Shit. Parles moi pas de ça si tu veux pas que je fasses un bad trip.

Jason la dévisagea longuement avant de lui demander :

Jason : Pourquoi ?

Jessica : C’est pas de tes affaires. Je retournes prendre l’air, j’étouffe ici.

Jason : Par besoin d’être aussi bête…

Elle ne le laissa pas finir sa phrase avant de sortir de la chambre.

Jason : C’était qu’une question.

Il s’assit sur son lit alors que Jessica descendait dans le salon.

Bianca : Qu’est-ce que t’es allée faire ?

Jessica : Rien du tout. On a juste discuté.

Fille : T’as pas besoin de lui poser la question. T’as qu’à la regarder. Tu vois bien qu’elle est complètement shootée !

Jessica : T’es qui toi ? De quoi tu te mêles, bordel ?

Fille : Emma.

Jessica : Et bien écoutes moi deux secondes, Emma. Tu vas te la fermer et te mêler de ce qui te regarde ! Compris ?

Emma : Jenny, viens on fout le camp ou je lui fous une raclée.

Les deux filles s’en allèrent et alors que Jessica s’apprêtait à faire la même chose, Bianca l’arrêta en la tenant par le bras.

Bianca : Dis moi que t’as pas fais ça, je t’en pris. T’as pas besoin de ça. Regardes ce que ça a fait à ma mère.

Jessica : Fous moi la paix, je fais ce que je veux de MA vie. Je t’ai jamais demandé de venir ici alors si t’es pas heureuse et si t’es pour me faire la morale, alors retournes à L.A. j’en ai rien à foutre.

 

 

× × ×

 

 

Elle avait marché et marché. Comme si à force de marcher cela exorciserait ses démons. Elle, découvrant le cadavre de son frère. Elle se souvenait d’avoir gardé le secret. Elle avait voulu protéger son frère en ne disant rien de sa mort à ses parents. Mais le jour où l’enquêteur du service de police était venu à la maison et où ce dernier avait révélé le tout à sa mère, y compris le fait qu’elle-même était déjà au courant, ce fût la catastrophe.

Sa mère, l’implorant de tout lui dire sur ce qui s’était produit.

Son père, comme à l’habitude, la maudissant de son inconscience.

M. Garner : Peux-tu me dire qu’est-ce qui t’es passé par la tête ?! T’as vu ton frère mort, et tu ne juges pas ça assez important pour nous en parler ?!

Jessica : De toute façon, vous vous fichez bien de lui ! Dans quelques semaines, vous serez bien contents de vous être débarrasser de lui et de ses problèmes !

Mme. Garner : Tu ne sais plus ce que tu dis ! Alec est peut-être ton frère mais il est notre fils ! Nous l’avons toujours aimé et tu le sais.

Jessica : Ah oui ? Alors dis moi papa, l’aimais tu toujours autant le jour où il est parti de la maison, le jour où tu lui a foutu une raclée ?

M. Garner : J’ai perdu les pédales, je le reconnais. Mais ton frère m’avait énormément provoqué. Il a eu ce qu’il méritait.

Jessica : Et toi, tu mériterais d’être mort à sa place.

Elle tourna les talons puis s’enfuit. S’enfuir vers la plage d’Alec était sa seule idée.

Tout avait commencé à ce moment précis. Elle détesterait dorénavant l’homme qu’était son père, elle ferait tout pour oublier sa souffrance, elle vivrait sa vie à sa façon.

 

 

× × ×

 

 

Jason : Écoutes, je t’ai seulement posé cette question parce que… Bah tu vois, l’héroïne et les overdoses… C’est souvent un sujet conjoint… Je veux dire…

Jessica : Arrêtes de t’expliquer, je le sais bien. J’ai juste une peur bleue de ce truc là…

Jason : Alors, pourquoi tu t’es shootée ?

Jessica : Çà, ça me regarde. Arrêtes avec tes questions, je déteste ça. Je vais au supermarché, j’ai faim. Tu feras le message à Bianca que je reviens dans une heure, ok ?

Jason : Ouaip.

Jessica : Good ! À tantôt !

 

 

× × ×

 

 

Elle avait pris à bouffer pour environ deux jours. Jessica arrive à la caisse pour payer.

Caissière : Vous payez de quelle manière, mademoiselle ?

Jessica : Carte de crédit.

Elle tendit la carte à la vieille dame.

Caissière : Vous me semblez un peu jeune pour avoir une carte platine, miss…

Jessica : Ouais, c’est la mienne mais c’est papa qui paye !

Elle afficha un large sourire, tentant d’être des plus convaincantes. Elle avait en fait piqué la carte de son père. De toute manière, il en avait tellement, ça lui pendrait des semaines à s’en rendre compte ! Elle n’avait donc pas de soucis pour l’instant !

Caissière : Votre paiement est refusé, mademoiselle. La carte n’est plus en service.

Jessica : Quoi ?! Merde !

Elle laissa la nourriture à la caisse et sortie en trombe de l’établissement. Qu’allait-elle faire ? Déjà, elle manquait de fric, ça commençait mal. De plus, elle ne connaissait personne. À L.A. elle aurait emprunté un peu d’argent à Tom, l’espace de quelques jours, le temps qu’elle se refasse.

Elle marchait dans les rues avoisinantes, espérant trouver une solution. Le vol ? Elle n’était pas très bonne voleuse, elle pouvait trop facilement se faire prendre.

Elle se retourna vivement lorsqu’elle entendit un sifflement à son égard, derrière elle.

Jessica : Qu’est-ce que tu veux ?

Homme : Ton joli petit cul.

Jessica : Va te faire voir.

Homme : Allez !

Mais en fait… C’était peut-être ça, l’opportunité.

Jessica : Combien tu me paierais pour ça ? 

Homme : Bah… Soixante dollars.

Jessica : Je vaux plus cher que ça.

Homme : Écoutes, je veux juste mettre ma queue dans ta belle petite bouche et un peu plus, pour soixante dollars. Peut importe avec qui, dans ce quartier ci t’auras pas plus. Alors qu’est-ce que t’en dis ?

Elle hésita longuement. S’abaisserait-elle à ça ?

Jessica : Ok. T’as une voiture ?

Homme : Ouais, elle est garée là bas.

Jessica : C’est quoi ton nom ?

Homme : Moi c’est Pierce !

 

 

× × ×

 

 

La portière s’ouvrit. Une Jessica tremblante et ébranlée sortit lentement de la voiture. Dehors, elle se pencha vers l’embrasure. Pierce lui tendait quelques billets de 20 dollars.

Pierce : Tiens, v’là quatre-vingt beaux dollars pour toi, sweetheart. J’peux te dire que tu les vaux bien, ma belle. Bye ! On se reverra peut-être !

Elle resta silencieuse, prit l’argent à toute vitesse et referma la portière. Lorsque la voiture de Pierce fut hors de vue, Jessica dégueula sur l’asphalte. Encore trop sous le choc, elle se remit à marcher vers le supermarché en essayant de se contrôler. Elle essayait de tout refouler. Elle essayait de croire ce qu’elle se répétait sans cesse dans sa tête. Au nombre de gars avec qui elle avait déjà couché, ce n’est pas grave, hein ? C’était seulement un de plus. Elle refit chaque allée en reprenant les mêmes choses qu’à sa précédente visite, marchant droit dans chaque voie, la tête haute, ne pas se laisser abattre.

En revenant rejoindre Bianca, elle éclata en sanglot. Elle se répugnait plus que tout. Jamais, de toute sa vie, elle ne s’était sentie aussi misérable et aussi sale.

Lorsqu’elle arriva à la maison où elle devait rejoindre son amie, elle s’essuya le visage avec sa manche. Les larmes devaient avoir fait couler le mascara et c’était un détail qui sauterait aux yeux de Bianca. Elle donna de brefs coups sur la porte et entra. Bianca courut vers elle, surexcitée.

Bianca : Salut ! T’es partie longtemps, putain !

Putain. Le genre de mot qu’elle ne voulait pas entendre maintenant, peu importe le contexte ou le sens.

Bianca : Hey. T’as pleuré ?

Jessica : Nah, c’est le soleil, il est très fort aujourd’hui… Tu le sais, ça me fait pleurer des yeux !

Bianca : Ouais !

Jessica : Jason est là ?

Brittany : Nah, il est parti chercher un peu de dope.

Jessica : Alex ? Je peux te voir une seconde, seul à seul ?

Alex : Ouaip, si tu veux !

Ils s’en allèrent discuter dans la cuisine.

Alex : Qu’est-ce que tu veux ?

Jessica : Un peu de coke, tu peux ?

Alex : Combien ?

Jessica : Pour quarante dollars ?

Alex : T’auras pas grand-chose pour ça.

Jessica : Je sais, mais j’ai pas plus.

Il lui donna un petit sachet de poudre et en échange elle lui donna un billet de vingt.

Jessica : Je vais sniffer une ligne avec mon autre billet et je te le donne après, ok ?

Alex : Ouaip ! Je vais m’en faire une dans ce cas là !

Il fit les lignes, droites et fines puis en sniffa une. Jessica colla le billet roulé contre sa narine, l’approcha de la poudre blanche et sniffa à son tour. Elle essuya le bord de son nez avec le revers de sa main puis retourna dans le salon. Elle n’y resta que quelques minutes, lassées par les discussions des autres. Elle en avait marre, elle voulait être seule.

Jessica se dirigea vers la salle de bain. Elle se regarda longuement dans le visage, se dévisageant elle-même, jusqu’à ce que Jason entre à son tour quelques secondes après être arrivé à la maison.

Jason : Tu es sûre que ça va aller ?

Jessica : Oui, y’a aucun problème. Tu crois que ce serait possible de prendre une douche ? J’en aurais vraiment besoin…

Jason : Oui, bien sûr. Attends-moi, je vais aller te chercher une serviette et un nouveau savon.

Elle se remit à pleurer et ferma la porte. Il cogna à la porte.

Jessica : Entres…

Il pénétra dans la pièce, furtivement.

Jason : Tiens, une serviette propre et un savon… C’est ma marque de savon… Tu vas sentir l’homme mais au moins t’en as un !

Il lança un petit rire. Jessica, elle, se retourna pour lui faire face.

Jessica : Merci…

Jason : Je sais qu’on se connait pas toi et moi, mais… Si t’as envie de parler, je suis là. C’est mieux que de sangloter dans ton coin et faire semblant de rien, tu sais…

Un moment de silence s’installa et Jason, voyant bien que la jeune fille devant elle était vraiment mal à l’aise, se retira dans le salon.

Elle embarqua vite fait sous la douche. Elle se sentait déjà un peu mieux, la sueur de Pierce arrêtait enfin de lui coller à la peau. Mais au fond, elle était toujours aussi sale, aussi souillée.

Elle aurait pu être sous l’eau pendant des heures; C’était tellement relaxant. L’eau claire, limpide, pure. L’eau bénite qui te sanctifie. Une hydrothérapie comme une cure thermale. Elle essayait de faire le vide dans sa tête, de se débarrasser de ses démons au rythme du ruissellement de l’eau sur son corps.

Une fois qu’elle eu fini, elle pensa tout d’un coup qu’elle avait oublié d’apporter de nouveaux vêtements avec elle dans la salle de bain. Jessica s’entoura avec la serviette et sortit délicatement de la pièce. Malgré son effort de ne pas se faire remarquer, Jason, bien évidemment, l’aperçut à la seconde près où elle ouvrit la porte.

Jason : Qu’est ce que tu fais ?!

Jessica : J’ai oublié mon sac dans la cuisine… Mes vêtements sont à l’intérieur.

Elle se défila rapidement dans la pièce mentionnée, prit son sac et retourna illico presto dans la salle de bain.

Il la remarqua encore aussitôt qu’elle fut sortie. Elle était tellement mignonne à voir dans sa petite robe rose. Jessica jouait bien son jeu. Elle était revenue de sa douche avec un air pimpant comme s‘il ne s’était jamais rien passé. Mais lui il le savait, il le voyait au fond de son regard. Il ne savait pas pourquoi, mais il ressentait vraiment une connexion avec cette fille. Il avait l’impression de la connaître et pensait pouvoir discerner parfaitement comment elle se sentait.

Jessica s’assit près de Bianca.

Jessica : J’vois que t’as faire cuire la pizza !

Bianca : Oui ! J’ai tellement faim, tu peux pas savoir !

Jessica : J’espère que t’as faim, t’es en plein trip bouffe ! Regardes toi les yeux ! Ils sont rouges, c’est hallucinant !

Bianca : Ouais… Britt et moi on fumé plusieurs petits joints… 

Elle pouffa de rire autant que Brittany à l’autre bout de la pièce

Brittany : Petits, tu dis ? T’es trop stone pour te rappeler la grosseur des spliffs? Ils étaient É-NOR-MES !

Elles s’esclaffent une fois de plus mais cette fois-ci, cela fit rire les autres aussi. Jusqu’au moment où Emma et Jenny entrèrent en trombe dans la maison.

Emma : Cette putain de gouine ! Je te jure, je vais finir par l’étrangler! J’vais lui défaire sa petite gueule d’ange !

Elle hurlait comme une démente. Elle avait l’air d’être dans une rage noire.

Emma : Merde ! Ce qu’elle peut être chiante cette salope !

Les gars riaient, un peu à cause de la réaction d’Emma. Jessica, n’aimant pas vraiment cette dernière, y alla pour une petite phrase surnoise…

Jessica : Tu sais, Emma… Le nombre de gens qui te regarde est directement proportionnel à la stupidité de tes agissements…

Emma ne dit pas un mot mais lança un grognement de mécontentement. Elle monta à l’étage et au passage donna un coup de poing dans le mur.

Jason : Très drôle ta théorie !

Jessica : Bah quoi? Elle est juste vraie, nah ?

 

 

× × ×

 

 

Brittany et Jason leur avait proposé de rester à la maison. Ils avaient une chambre de trop depuis qu’un de leurs amis avait foutu le camp. Jessica s’était installée un peu tandis que Bianca, beaucoup plus bavarde, n’avait pas cessée d’être au salon à discuter de tout et de rien avec les autres du groupe. Jess préférait se ressourcer un peu dans son coin, bien à l’écart des autres. Mais Jason, encore une fois, était venu la voir, la dérangeant ainsi dans son silence réparateur.

Jason : T’es seule depuis longtemps, je me trompe ?

Jessica : Et alors ?

Jason : Tu sais ce qui me fascine chez toi ?

Jessica : Nah.

Le jeune la dévisagea longuement avant de lui répondre.

Jason : Tu agis avec l’expérience d’une enfant même si au fond, tu es tout le contraire. T’as beaucoup de vécu, ca se voit dans ton regard, tu ressens des émotions d’une manière que le ferait les plus vieux, tu vois ?

Elle baissa les yeux, terrifiée. Quelqu’un, pour la première fois de sa vie, venait transpercer sa carapace. Il avait lu dans ses yeux comme personne ne l’avait jamais fait. Jessica se sentait littéralement démasquée.

Pourquoi lui ? Pourquoi pouvait-il comprendre alors qu’il ne la connaissait même pas ?

 

 

 

 


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